Page:Revue des Deux Mondes - 1910 - tome 58.djvu/856

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Arrêt enfin, au premier de septembre 1625. Théophile était condamné au bannissement à perpétuité avec confiscation de ses biens pour l’aider à vivre en exil.

Il ne s’exila pas précisément, cette fois encore. Cette lettre de lui à Montmorenci explique et ses desseins au sortir de sa prison et sa situation dans le monde et ce qu’il avait à dire comme remerciement et peut-être ce qu’il avait à reprocher à ce grand seigneur : « Monseigneur, après avoir rendu mon innocence claire à tout le monde, encore a-t-il fallu donner à la fureur publique un arrêt de bannissement contre moi. Si j’avais de la vertu, ce coup d’envie me serait glorieux ; mais mon peu de mérite m’en fait appréhender quelque honte. Toutefois, les caresses de mes amis que je ne vois point rebutés de mon malheur me consolent de cette peine et me font tirer vanité de ma persécution. Sur le point de mon jugement, il a semblé que me secourir c’était une infamie et que personne ne sollicitait pour moi s’il n’avait part à mes accusations. M. de…, chez qui je suis, et M. de… ont été presque les seuls qui ouvertement ont favorisé mon innocence. Ils se sont animés généreusement par le danger, et ce qui les a plus piqués de me sauver, c’a été les apparences de ma perte. Ceux-là, sans doute, monseigneur, ont voulu tenir votre place, et je crois qu’il ne fallait plus que vous pour me faire absoudre entièrement. Si je savais que vous fussiez toujours absent, je serais fort paresseux à solliciter mon rappel et s’il me faut résoudre à partir, je ne veux aller que là où vous serez et je ne m’estimerai jamais banni, si je ne le suis de vos bonnes grâces, puisque c’est toute la gloire et la principale espérance qui reste à votre… »

Quoi qu’il en fût, il ne s’exila pas réellement. Très protégé toujours du côté de la Cour, il se terra seulement à Chantilly d’abord, puis en Berri au château de Selles, chez le comte de Béthune, frère de Sully. Très souffrant, très épuisé, il revint à Paris en 1626 dans l’hôtel du duc de Montmorenci, où il mourut, le 25 septembre, d’une maladie que le Mercure de France nous décrit et qui paraît être une méningite. Il avait trente-six ans.

Il était bon, étourdi et violent. Il n’avait aucune règle morale, ni aucune règle de conduite pratique ; et, comme le Rolla de Musset, ce n’était pas lui qui dirigeait sa vie, c’étaient ses passions. Mais ses passions n’étaient pas toutes mauvaises : il avait de la générosité, du courage et de la gratitude. Somme toute,