Page:Revue des Deux Mondes - 1910 - tome 58.djvu/877

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propriété collective pour ses disciples réunis que de propriété personnelle pour aucun d’eux. Il arriva, certaine année, qu’aux approches de la réunion du chapitre général à la Portiuncule, les Assisiates, en l’absence du Père et sans le prévenir, firent construire précipitamment une maison afin de l’héberger. Lorsque, à son arrivée, François aperçut la bâtisse, il en fut si fortement scandalisé qu’après s’être plaint hautement, il en ordonna la destruction immédiate et, montant lui-même le premier sur le toit, il se mit, d’un bras robuste, à jeter bas les tuiles et les lattes, enjoignant à ses frères de le suivre et d’en faire autant, afin d’anéantir les traces de ce crime de lèse-pauvreté. Le podestat dut envoyer ses sbires pour réclamer, au nom de la Commune, un bien municipal. Un autre jour, revenant de Vérone, il apprend qu’à Bologne, des frères avaient bâti un couvent. Il s’y rend aussitôt et leur intime l’ordre de quitter la maison, sans délai, sans exception, même pour les malades. « Celui qui le raconte, dit Thomas de Celano, fut un de ceux qui étaient infirmes lorsqu’on les chassa. »

Si les Franciscains, cependant, se trouvaient obligés de construire des églises pour leur service, ils ne devaient point les faire trop grandes, même en vue des prédications populaires, ou sous tout autre prétexte ; car « c’est plus grande humilité et meilleur exemple d’aller dans d’autres églises pour prêcher. » En tout cas, église ou couvent, ils ne devaient rien posséder en propre. Lorsqu’on eut quitté de force le misérable hangar de Rivo Torto, premier abri du petit troupeau, parce qu’on s’y trouvait à l’étroit, la maisonnette (dépendant de la vieille église de la Portiuncule) où l’on campa ensuite devint elle-même promptement insuffisante au nombre croissant des adeptes. Il fallut bien, bon gré, mal gré, chercher une meilleure installation « avec une église où les frères pussent dire leurs heures. »

François s’adresse d’abord à l’évêque d’Assise ; mais celui-ci n’a rien à prêter. Même demande aux chanoines de la cathédrale, même insuccès. On dut pousser jusqu’à Subiaco, implorer l’abbé des Bénédictins. Touché de la détresse de François, ce dernier lui accorde enfin la vieille église Sainte-Marie de la Portiuncule, comme « la plus petite et la plus pauvre qu’ils possédassent. » Mais François s’en réjouit d’autant plus que cette petitesse et cette pauvreté la destinaient bien à être le