Page:Revue des Deux Mondes - 1910 - tome 58.djvu/878

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berceau, l’église-mère des pauvres petits frères et que, depuis les temps antiques, elle était appelée par le bon peuple Sainte-Marie des Anges, à cause que l’on y entendait souvent les Anges chanter leurs cantiques. L’abbé de Subiaco concédait cette église en toute propriété ; néanmoins François, « maître expert et sage, voulant fonder sa religion sur la pierre solide de la pauvreté, » envoyait, chaque année, à l’abbé et à ses moines, comme redevance, un vase plein de petits poissons (des gardons), « en esprit d’humilité et pauvreté, et afin que les frères ne possédassent rien en propre. » Quelques jours avant sa fin, dictant à ses frères ses dernières volontés, il revint avec insistance sur ce sujet, rappelant les débuts modestes de l’ordre : « Nous demeurions bien volontiers en des églises très pauvres et délaissées, car nous étions ignorans et soumis à tous. Et je travaillais de mes mains, et je veux travailler, et je veux fermement que tous les autres frères travaillent à des travaux d’utilité honnête. Quant à ceux qui ne savent point, qu’ils apprennent, non par désir de toucher le prix de leur labeur, mais pour le bon exemple et pour chasser l’oisiveté… J’ordonne expressément, par obéissance, à tous, à tous les frères, où qu’ils soient, de ne s’enhardir jamais à demander à la Curie romaine, ni personnellement, ni par intermédiaire, aucune bulle en faveur d’une église ou de tout autre édifice, ni sous prétexte de prédication ou de pénitence. S’ils ne sont pas reçus, n’importe où, qu’ils s’enfuient vers quelque autre pays pour y faire pénitence avec la bénédiction de Dieu ! »

Lorsque l’agonisant, nu sur la cendre, renouvelait in extremis ces pieuses recommandations à ses compagnons en pleurs, gardait-il, en lui-même, l’espoir qu’elles fussent longtemps respectées par tous ceux qui portaient, comme eux, la tunique franciscaine ? Hélas ! sur ce point, comme sur tant d’autres, l’homme de Dieu avait éprouvé déjà combien son idéal de perfection morale semblait irréalisable même à beaucoup de ses admirateurs. Dans ce lieu même où il prononçait ces paroles, quelques jours avant, ne lui avait-on point parlé de reconstruire cette cabane de la Portiuncule, premier abri de la confrérie ? Il entendait, lui, qu’on la refît telle quelle, en bois et torchis, suivant la règle générale, « en signe de saintes Pauvreté et Humilité et mémoire éternelle de leur glorieuse et modeste origine. Mais quelques frères avaient protesté avec vivacité, alléguant qu’en