Page:Revue des Deux Mondes - 1910 - tome 58.djvu/880

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précipitamment qu’avec François, en 1219, sur l’annonce des querelles suscitées entre les Frères par les modifications apportées au fonctionnement de l’ordre, contrairement à l’esprit de la règle. Cette règle, très austère dans sa simplicité évangélique, avait, dès l’origine, semblé, aux prélats expérimentés, d’une pratique difficile, sinon impossible. On avait profité de l’absence de François pour se dispenser d’une application rigoureuse. Dès qu’il reparut, on profita de sa présence pour lui en demander une nouvelle rédaction.

François avait déjà formulé deux règles. La première, très brève, très simple, était celle qu’Innocent III n’avait cru pouvoir approuver que verbalement, avec réserve, par compassion, sans donner ni promettre un écrit. La seconde, déjà moins idéale, officiellement approuvée par Honorius III, avait encore été, au dire de Frère Léon, sur plusieurs points, assez vite oblitérée par la prélature. On persuada même François à son retour des Lieux Saints que, durant son absence, le texte en avait été perdu et qu’il en fallait un nouveau. L’homme de Dieu, comme toujours, se résigna.

« Il monta donc sur une montagne (Monte Colombo près de Rieti) avec Frère Léon d’Assise et Frère Bonyzo de Bologne, afin de leur dicter une autre règle sous l’inspiration du Christ. Ce qu’apprenant, bon nombre de prêtres s’en émurent et s’en allèrent trouver Frère Elie : « Nous avons appris, lui dirent-ils, que ce Frère François fait une nouvelle règle. Nous craignons qu’il ne la fasse trop dure, et que nous ne puissions l’observer. Nous voulons donc que tu l’ailles trouver et lui dire que nous refusons d’être astreints à cette règle. Qu’il la fasse pour lui, mais non pour nous ! » Frère Elie répondit qu’il ne voulait pas y aller sans eux : ils se mirent donc tous en marche. Quand Frère Elie fut proche de l’endroit où se tenait François, il l’appela. François se retourna et, voyant tous ces prêtres, répondit : « Que me veulent tous ces prêtres ? » Frère Elie lui dit : « Ce sont des prêtres qui, apprenant que tu fais une nouvelle règle et craignant que tu ne la fasses trop dure, protestent et déclarent qu’ils ne veulent point y être obligés, que tu peux la faire pour toi, mais non pour eux. »

« Alors François tourna sa face vers le ciel et s’adressa au Christ : « Seigneur, ne t’ai-je pas bien dit qu’ils ne me croiraient pas ? » Alors tous entendirent, en l’air, une voix qui