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La cote des paris en leur faveur, — car suivant une habitude très anglaise, les paris sur les élections étaient déjà ouverts, — qui leur était très défavorable, remonta quelque peu. L’activité déployée par les chefs unionistes, pendant ces quelques jours de répit, la fit monter davantage encore.


IV

En France, les partis n’ont, à proprement parler, point de chefs. Ils ont à leur tête des hommes plus ou moins importans auxquels leurs partisans obéissent plus ou moins docilement, mais qui ne sont point investis d’une situation officielle. Il n’en est pas de même en Angleterre, où les leaders des différens partis sont choisis, par une désignation formelle, dans une réunion plénière du parti, en même temps que sont désignés les whips et chief whips qui doivent veiller à l’accomplissement des devoirs parlementaires des députés de leur parti, et en particulier s’assurer de leur présence les jours de scrutin important. Chaque parti a un leader dans la Chambre des Communes et dans la Chambre des Lords. Le leader des Unionistes dans la Chambre des Communes est M. Bal four ; leur leader dans la Chambre des Lords est le marquis de Lansdowne.

La personnalité de M. Balfour est bien connue en France. Chacun sait qu’il n’est pas seulement un des plus brillans et des plus habiles orateurs du Parlement, mais encore un écrivain, un philosophe, l’auteur d’un ouvrage sur les Bases de la Croyance [1]. Celle du marquis de Lansdowne l’est moins, bien qu’il soit à moitié Français par sa mère, fille du comte de Flahaut, car il a peu fréquenté la France où il a refusé, dit-on, d’être ambassadeur, il y a quelques années. Quoi qu’il en soit, lord Lansdowne mérite d’être salué comme un des plus dignes représentai de la vieille aristocratie anglaise. J’ai eu la bonne fortune de passer quelques mois avec lui à l’Université d’Oxford, où il était under-graduate, pendant que j’étais étudiant étranger. Il s’appelait, en ces temps lointains, lord Kerry. Le collège de Christ Church était alors celui que fréquentaient de préférence les jeunes gens de l’aristocratie. Les fils de pairs y portaient un gland d’or à leur cape et mangeaient au réfectoire à

  1. Voyez, dans la Revue du 15 octobre 1896, l’article de Brunetière sur cet ouvrage.