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fermer l’église pour mieux garantir la sécurité des fidèles. Là, c’est un sous-préfet pince-sans-rire qui, recevant une délégation de catholiques venus pour lui parler de la ruine de leur église, — on en avait fait sauter le clocher à la dynamite, — leur conseille d’établir un tourniquet, afin de prélever un droit de péage sur les touristes qui voudront jouir d’une vue aussi pittoresque. Nous ne reproduirons pas la longue énumération de cas analogues qui a été faite par M. Maurice Barrés et qui, a-t-il dit, aurait pu être beaucoup plus longue encore. M. le président du Conseil en a contesté la parfaite exactitude, car tout mauvais cas est niable. Il est d’ailleurs possible que M. Barrés se soit trompé, ou ait été trompé sur quelques détails ; mais qu’importe ? La question n’est pas là. La situation légale des églises étant ce qu’elle est, des abus doivent inévitablement se produire par le fait, tantôt de la mauvaise volonté et tantôt de la négligence. Le pire des abus est le suivant. Dans plusieurs paroisses, les catholiques ont demandé l’autorisation de réparer eux-mêmes leurs églises, et n’ont pas obtenu de réponse. Dans d’autres, ils ont offert de participer à la dépense, à la condition que la commune ferait de même de son côté, et ils n’ont pas été plus heureux. Un jour ils se sont heurtés à la malveillance du maire, le lendemain à la force de temporisation et d’inertie qui caractérise nos administrations publiques. Pendant ce temps, les lézardes grandissent, les toits s’affaissent, l’eau s’infiltre partout et une réparation qui aurait pu être faite à bon compte, si on s’y était pris au moment opportun, menace d’entraîner par la suite des frais très onéreux. En tout cela il y a des responsabilités personnelles engagées, mais il y a aussi des responsabilités générales, celles qui résultent de lois mal faites ou incomplètes qu’il faudra bien réviser un jour ou l’autre, si on ne veut pas qu’avant un quart de siècle la plupart de nos églises se soient effondrées.

Les responsabilités, M. le président du Conseil n’a pas résisté à la tentation de les rechercher lui aussi, et, naturellement, il les a fait retomber, sinon sur les catholiques eux-mêmes, au moins sur leur chef qui a rejeté la loi de séparation et leur a interdit de profiter des avantages qu’elle leur assurait. C’est là une vieille querelle ; il vaudrait mieux aujourd’hui l’abandonner à l’histoire ; elle lui appartient. M. Briand n’a pas manqué de dire que les adhérens à d’autres religions que la religion catholique, s’étant soumis à la loi, s’en sont bien trouvés. Nous avons cependant recueilli les plaintes de plusieurs d’entre eux, notamment de protestans, qui déclarent avoir beaucoup de peine à vivre sous le régime nouveau et en parlent