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fonctions. Un journal ne saurait être non plus comparé à un livre de classe approuvé par les autorités universitaires. Pourtant nous ne voudrions pas répondre de ce qui arriverait si un syndicat de presse poursuivait des évêques : nous vivons dans un temps où le mieux est de s’attendre à tout et de ne s’étonner de rien.

Revenons à l’entretien des églises. Ce que nous en avons dit jusqu’ici ne donne pas une idée complète du beau discours de M. Maurice Barrés. La Chambre, qui n’a pas l’habitude d’entendre une pensée aussi pure, aussi élevée, s’exprimer dans un pareil langage, y a été sensible. Ceux mêmes qui ne partagent pas les sentimens de M. Barrès, qui y sont opposés, qui ont l’habitude de les combattre, ont été séduits, pour un moment, par la noblesse de cette éloquence et beaucoup l’ont applaudie. « Je ne viens pas, a dit l’orateur, parler pour les belles églises. Je veux croire aujourd’hui que leur beauté les préservera, ou plutôt, — car mon enquête m’a prouvé que par centaines elles sont en danger, — j’ajourne ce débat spécial. Aujourd’hui je vous demande la sauvegarde pour toutes les églises, pour celles qui sont laides, dédaignées… Enfin je viens parler en faveur des églises qui n’ont pour elles que d’être des lieux de vie spirituelle. » La suite du discours de M. Barrés est la paraphrase du mot de l’Évangile : « L’homme ne vit pas seulement de pain, » avec la différence qu’il a dit que l’homme ne vivait pas seulement de science. On croyait, on disait volontiers le contraire, il y a encore peu d’années. Des savans d’une vaste intelligence et d’une âme généreuse assuraient que la science devait suffire et suffirait un jour à tous les besoins de l’humanité. Nous ne savons pas s’ils se sont trompés pour un avenir très lointain, mais l’homme d’à présent ne peut pas attendre la réalisation incertaine de promesses indéterminées ; il commence à se rendre compte que la science, malgré ses progrès admirables, ne satisfait qu’une partie de lui-même, et laisse l’autre inquiète et troublée. M. Maurice Barrés a cité les maîtres du positivisme, Auguste Comte, Stuart Mill ; il les a montrés, à la fin de leur carrière, construisant des chapelles et des oratoires où ils cherchaient à tâtons le complément moral qui manquait à leur science. « Tous, a-t-il dit, ne construisent pas des oratoires, tous ne vont pas jusqu’à donner une forme sensible à leurs aspirations religieuses, mais tous, au terme de leurs travaux, ils trouvent l’inconnaissable et ne se résignent pas à vivre sans aucune espèce de communication avec lui. Ils veulent l’atteindre, s’y abreuver. C’est un besoin profond de leur être. Leur raison claire constate leur impuissance et autorise alors l’intervention du sentiment, du rêve, de