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que les quelques hommes qui ont participé à sa fondation ont mis la main sur ce groupement ; il s’est rencontré qu’ils avaient des idées libertaires, et peu à peu la pensée leur est venue de faire pénétrer ces idées dans les milieux dont ils avaient la direction. » Il s’est trouvé ! Il s’est rencontré ! Se trouvera-t-il, se rencontrera-t-il un jour un homme de gouvernement pour briser l’instrument qui les opprime et pour rendre aux travailleurs la liberté ?

« Mais, pensez-y, fait remarquer M. le président du Conseil, il ne s’agit pas seulement ici d’une réunion de quinze ou de vingt personnes qui tiennent leurs assises rue Grange-aux-Belles et qu’il serait facile de disperser : derrière eux, il y a un vaste groupement qui contient dans son sein soixante-dix ou quatre-vingts fédérations de syndicats, sept ou huit grands syndicats d’industrie, environ 160 bourses du travail, et, quand vous aurez fait cette constatation, vous n’aurez pas tout vu, car derrière ces différentes unions qui se sont associées, qu’y a-t-il en réalité ? Il y a 3 000 syndicats ouvriers. » D’où M. Briand conclut que si on touche à la seule Confédération du Travail, on se sera contenté « d’égratigner l’épiderme, ce qui déjà peut causer, assure-t-il, les plus grands ravages, » mais qu’on n’aura rien fait de décisif et qu’il faudra encore « généraliser la poursuite, englober ce qui est la substance, ce qui forme les muscles, la chair de la Confédération générale, c’est-à-dire toutes les organisations syndicales qui les composent ; » et il répète à diverses reprises pour effrayer son auditoire : 80 fédérations, 100 bourses du travail, 3 000 syndicats ! Mais pourquoi les poursuivre, et qui donc le demande ? Ce serait folie de le faire. Si la situation vraie est bien celle que M. Briand a décrite, toutes ces fédérations, bourses et syndicats ne le diront pas sans doute, mais ne verront nullement d’un mauvais œil la suppression de la C. G. T. Sans doute une mesure de ce genre ne doit être prise qu’avec réflexion, il faut d’avance en peser toutes les conséquences ; Dieu nous garde d’y pousser inconsidérément et ab irato. Nous disons seulement que, si on le lit avec soin, le discours de M. le président du Conseil contient de très fortes raisons en faveur de la dissolution, et de très faibles en faveur du statu quo. Il est vrai que ce n’est pas tout à fait le statu quo qu’il propose. Il rêve, au contraire, d’une transformation morale, très profonde, de la Confédération générale du Travail, transformation qui sera le résultat de quelques articles de loi. Rendons, dit-il, les syndicats propriétaires, donnons-leur la capacité civile et commerciale, habituons-les aux affaires, imprimons-leur le sentiment des grandes responsabilités ; après l’avoir fait pour eux, faisons-le aussi