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était en effet disséminée sur tout le territoire, elle régnait à Para autant qu’à Manaos, comme d’ailleurs dans tout le Brésil, à Rio, à Santos, etc. C’était une des terres classiques du vomito negro, et de cette terrible maladie, on peut dire qu’elle a retardé d’un demi-siècle la civilisation au Brésil. Le pays l’a compris. Contre le fléau il a lutté et l’a vaincu. Un homme surtout, le premier hygiéniste peut-être du monde, Oswaldo Cruz, surnommé le tueur de moustiques (mata mosquitos), a assaini Rio, grâce à l’isolement systématique de tous les malades dans une double moustiquaire métallique et à la désinfection obligatoire. Dans le sud du Brésil les travaux du port de Santos ont purifié la ville, jadis un des plus importans foyers d’infection du monde. Dans le nord où on emploie les mêmes méthodes, le fléau diminue. Il est en train de disparaître. Çà et là encore, quelques cas sporadiques éclatent, il est vrai, mais souvent pendant un ou deux mois on ne signale dans Manaos aucun cas de vomito negro ; nous-mêmes n’avons pu en voir. La fièvre jaune dans quelques années, au Brésil du moins, ne sera plus qu’une maladie historique, un chapitre de paléo-pathologie.

La question du paludisme est infiniment plus complexe.

L’habitant de la ville même peut échapper au fléau, mais dans les forêts le paludisme est de règle. Il y a des régions infestées par les moustiques ; là le paludisme est inévitable. Il en est d’autres à peu près vierges d’anophèles, où il n’est pas fatal de façon absolue, même après un séjour de plusieurs années. D’ailleurs, l’homme adulte résiste mieux que la femme et surtout que l’enfant. Cependant il serait facile, nous ne disons pas de faire disparaître, mais du moins de diminuer notablement le paludisme, si on mettait en pratique les mesures hygiéniques préconisées partout et si rarement appliquées : moustiquaires, usage, préventif de la quinine, pétrolage des mares aux environs des habitations, prohibition des boissons alcooliques, etc. Si on luttait contre le paludisme comme on a lutté contre la fièvre jaune, on arriverait à le vaincre ; mais tous s’imaginent que les lièvres sont fatales, qu’elles constituent un mal inévitable. Un peu plus tôt, un peu plus tard, tous doivent en être atteints. À quoi bon prendre des précautions ?

Les faits sont là cependant pour prouver qu’ils ont tort. Ainsi en ce moment on construit le chemin de fer de la