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« Madeira Marmoré, » que le Brésil s’est, par traité, avec la Bolivie, engagé à construire de la frontière de ce pays à San Antonio (sur le Rio Madeira). Il met ainsi en communication les pays centraux de l’Amérique du Sud avec l’Atlantique. Son importance commerciale et politique est telle qu’il doit être construit, entreprise difficile à exécuter d’ailleurs, car il traverse une des régions les plus malsaines du globe, dévastée par une affection bizarre.

Le nom comme la nature de cette affection sont indéterminés. Cliniquement elle ressemble vaguement aux formes graves du paludisme ; mais ce n’est pas le paludisme, car elle ne cède pas à la quinine. Elle n’est pas contagieuse directement, car aucun médecin n’en a encore été atteint, et probablement elle se transmet par la piqûre des moustiques, bien que la preuve absolue n’en ait pas été donnée. Deux tentatives ont été faites pour construire ce chemin de fer, deux fois les ingénieurs ont reculé devant ce mal indéterminé qui décimait leurs ouvriers : la troisième tentative semble devoir être plus heureuse, car le problème a été franchement abordé. On commence par assainir le pays, ensuite on construira le chemin de fer ; ce fut la méthode qu’employèrent avec tant de succès les Américains à Cuba ; elle paraît devoir réussir et, d’après ce que nous disait un ingénieur de la Madeira Marmoré, chaque jour la maladie diminue.

L’insalubrité du pays n’est d’ailleurs, croyons-nous, que temporaire, car si la civilisation amène son contingent de maladies (tuberculose, syphilis, fièvres éruptives, etc.), une solide moustiquaire fait reculer le paludisme, et un bon filtre la dysenterie.

La température est constamment élevée, mais elle n’est jamais intolérable. En général, on peut agir, marcher, travailler, sans éprouver plus de gêne que dans les chaudes journées de nos étés européens. Cependant, certains après-midi, la chaleur humide devient plus lourde et plus étouffante, on en est quitte pour dormir deux heures dans un hamac. Une seule fois en deux mois nous eûmes à subir une telle température qu’il nous fut impossible d’avancer. Les nuits, sauf à Para même, sont le plus souvent relativement fraîches, et somme toute, dans la vallée de l’Amazone, beaucoup plus qu’au Congo, la température est supportable, surtout en hiver. Un pays sous l’équateur n’a, il est vrai, théoriquement, ni été, ni hiver, mais à la