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Le travailleur ne travaille pas. Le surveillant ne surveille pas. Le contrôleur ne contrôle pas. La faute en est un peu au climat et beaucoup à l’indolence des travailleurs heureux avec une poignée de manioc, un paquet de tabac, et un litre de rhum (par jour ! ). On ne peut se fier à eux, non plus qu’au zèle toujours douteux d’un contremaître.

Tous ceux qui dirigent là-bas, eux-mêmes, leurs affaires, font fortune. Qu’elles soient industrielles, agricoles ou commerciales, elles offrent des bases bien plus sérieuses à notre avis que les trop nombreux emprunts qu’émettent ou que garantissent ces Etats et qui constituent le danger de la politique brésilienne. La bonne volonté des gouverneurs a, en effet, été fréquemment annihilée par les dols de divers fonctionnaires qui ont surpris leur bonne foi, d’où un certain flottement dans les finances gouvernementales, se traduisant par un excès d’emprunts à l’étranger, d’impôts à l’intérieur. Quant à l’émigration véritablement utile pour nous, ce doit être surtout une émigration d’ingénieurs, de négocians, de chefs d’exploitation agricole qui, plus facilement que nos simples paysans, peuvent se soustraire au paludisme.

L’Europe a donc avantage à développer son influence en Amazonie ; l’une et l’autre y gagneront. Les Etats-Unis et l’Allemagne par leurs importations, l’Angleterre par ses produits exportés y ont à l’heure actuelle une place prédominante. La France ne tient que le quatrième rang ; et cependant, là, comme dans tout le Brésil, comme dans toute l’Amérique du Sud, comme dans tout le pays latin, l’influence intellectuelle de la France est prépondérante. On lit les revues françaises. Les livres classiques, de médecine, de science, etc., sont des livres français. Au lycée, le français est obligatoire, on vit sur la Révolution française, sur la pensée française.

Ne faisons donc pas pour ce pays d’avenir immédiat ce que nous avons fait pour le reste du Brésil, pour le reste du monde. Ne nous contentons pas d’avoir partout le troisième ou le quatrième rang commercial ; n’expatrions pas seulement nos idées ; et que nos suprématies intellectuelle, artistique et scientifique nous servent à conquérir la suprématie commerciale, dans ce pays que n’encombre pas encore la concurrence étrangère.


CHARLES RICHET fils.