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s’était déjà beaucoup éloignée de la France et s’en éloignerait encore bien plus dans l’avenir ; ils ont manifesté une joie si vive, tranchons le mot, si agressive, qu’il a été difficile, au premier moment, de démêler ce qu’il y avait de vrai et de faux sous ces manifestations. Il semble bien qu’on en ait été embarrassé à Saint-Pétersbourg. La presse russe n’a pas tardé à jeter un peu de cendre sur un feu qui flambait si haut. Enfin la publication, faite dans un journal anglais, d’une sorte d’avant-projet qui aurait été arrêté à Potsdam, a contribué à fixer les esprits sur l’importance des conversations qui y ont été tenues. Cette importance reste considérable, et assurément elle semble telle à Paris et à Londres ; mais enfin, elle est limitée à un certain nombre d’objets, que les chancelleries connaissaient déjà bien et sur lesquels elles avaient longtemps travaillé. Mais alors, le bruit a couru que la Russie était allée à Potsdam sans prévenir la France et l’Angleterre de ce qu’elle devait y faire, oubli inadmissible sans doute, ou du moins qui l’aurait été s’il avait en effet été commis ; mais on n’a pas tardé à savoir le contraire et, sur ce point encore, le langage de M. Pichon a été catégorique. Interrogé par divers orateurs de droite et de gauche, M. de Lamarzelle, M. Jénouvrier, M. Fleissière, sa réponse a été d’une clarté parfaite. « Nous sommes trop les alliés de la Russie, a-t-il dit, et la Russie est trop notre alliée, pour que l’entrevue de Potsdam ait eu lieu sans que M. le ministre des Affaires étrangères de Russie nous ait dit de quoi il comptait y parler. Il nous a informés qu’il y serait question de la Perse et des chemins de fer turco-persans. Il a pu se faire que, dans cette entrevue, des questions émanant, non pas de lui, mais de ses interlocuteurs, n’aient pas été portées d’avance à notre connaissance. Elles l’ont été immédiatement après. Nous avons été tenus au courant, d’une façon précise, de ce qui s’est passé au cours de l’entrevue de Potsdam, nous le savons d’une façon complète, et je suis convaincu que l’événement démontrera que les partisans de la paix et de l’alliance franco-russe n’auront rien à regretter. Je pense que ma réponse est aussi nette que possible. »

Elle l’est, certes, et ce qui venait d’être dit à Paris n’a pas tardé à être confirmé à Londres. Le nouveau parlement britannique vient d’ouvrir sa session, et le gouvernement, à la Chambre des Communes par la bouche de M. Asquith, à la Chambre des Lords par celle de lord Morley, a tenu le même langage que M. Pichon. Il y a même ajouté quelque chose. Dans cette affaire des chemins de fer asiatiques, la Russie, la France et l’Angleterre avaient, depuis plusieurs années,