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même pour tous les fonctionnaires, c’est-à-dire qu’elle les exclut. La Fédération nationale aurait peut-être mieux fait de ne pas attirer l’attention sur elle en ce moment.


Une heureuse nouvelle est arrivée du Maroc : nos troupes, habilement conduites par le colonel Mangin, ont atteint Marakech le 7 septembre et nos compatriotes, prisonniers d’El Hiba, ont été délivrés. Notre consul, M. Maigret, notre vice-consul, M. Monge, le commandant Verlet-Hanus, leurs six compagnons étaient sains et saufs, lorsque nos soldats sont arrivés sous les murs de la ville. Les détails manquent encore sur la manière dont ils y sont entrés, mais le fait seul importe : nos compatriotes sont sauvés, et nous sommes à Marakech. Le salut des prisonniers est le côté sentimental de l’affaire. Lorsque la nouvelle du danger qu’ils couraient a été connue en France, l’émotion a été générale ; l’idée que les malheureux étaient entre les mains d’un barbare comme El Hiba et de ses troupes encore plus barbares que lui, était pour nous tous une cause d’angoisse. Il n’est pas douteux que le général Lyautey, le colonel Mangin, nos officiers, nos soldats partageaient les mêmes sentimens et qu’ils étaient résolus à faire tout ce qui serait possible pour délivrer les neuf otages ; mais qu’y avait-il de possible ? Une expédition sur Marakech semblait être à ce moment une aventure. Si la route pour y arriver ne présente pas de grands obstacles, la ville est grande ; elle comprend, dit-on, 70 000 habitans ; elle est entourée de murailles qui ne sont pas contre notre artillerie sa meilleure défense, mais elle l’est aussi de jardins avec des clôtures nombreuses dont chacune était une barrière à enlever. La résistance pouvait devenir sanglante ; elle l’aurait été sans doute si El Hiba, porté à Marakech par une vague de fanatisme, avait montré quelque esprit politique, c’est-à-dire un peu d’adresse et de modération. Mais, soit que ces qualités lui manquent, soit qu’il n’ait pas pu contenir ses troupes, ces « hommes bleus » qui ne sont en somme qu’un ramassis de pillards, les intérêts alarmés n’ont pas tardé à se liguer contre lui ; des ennemis comme El Glaoui et M’Tougui se sont provisoirement réconciliés en face d’un danger qui leur était commun et, de peur de n’être pas assez forts pour le conjurer, ils ont fait appel à notre concours. Que devions-nous faire ? Tout le monde a lu les notes officielles qui rendaient compte des résolutions de notre conseil des ministres ; elles étaient contraires à une marche sur Marakech considérée comme une imprudence ; on ajoutait que le général Lyautey était d’accord avec le gouvernement et, que toute expédition de ce genre était ajournée