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archives, le 7 octobre dernier, pour annoncer qu’elle allait être mise en vigueur. On ne saurait vraiment s’étonner outre mesure que les gouvernemens allies ne se soient pas contentés d’une satisfaction aussi platonique !

Les troubles d’Arménie, en 1894, ramènent l’attention sur l’Empire Ottoman et, de nouveau, on parle des réformes ; c’est, entre la diplomatie européenne et la Porte, le même échange rituel de démarches et de promesses : mémorandum des ambassadeurs de France, de Russie et d’Angleterre (mars-avril 1895) : projets de réformes administratives, contre-projets turcs, discussions, délais, débats inutiles sur des détails, graves et laborieuses « considérations, » finalement décrets impériaux : réformes en Arménie, réformes en Roumélie, qui ni ici, ni là, ne sont appliquées. « On peut dès à présent reconnaître, écrivait le 2 août 1895 M. Paul Cambon, dans le projet ottoman, certaines réformes utiles et l’absence complète de toute garantie. » Le refrain est toujours le même et ne saurait varier, car des « garanties, » qui ne seraient pas illusoires, ne pourraient aboutir qu’à une mainmise de plus en plus complète sur l’administration de l’Empire Ottoman, et les puissances repoussent une telle solution. Où s’arrêteraient-elles ? Agiraient-elles collectivement, ou bien l’une d’elles serait-elle déléguée par les autres, et alors, dans quelles complications, dans quelles rivalités ne tomberait-on pas ? Les divisions de l’Europe sont pour la Turquie la plus sûre garantie que son inertie ne lui portera pas préjudice.

La crise qui commence en 1902 par les troubles de Macédoine et se prolonge jusqu’à la révolution de 1908 amène la plus intéressante et la moins inefficace des tentatives de « réformes » faites dans l’Empire Ottoman. Cette fois l’intervention européenne se traduit par une participation effective aux réformes : nous l’avons, en son temps, exposée en détail : rappelons-en les phases principales. Elle a pour théâtre la Macédoine où les populations chrétiennes s’organisent et aspirent à obtenir des réformes qui les achemineront peu à peu vers une demi-indépendance. La présence en armes, aux frontières, des Bulgares, des Grecs, des Serbes, n’est pas seulement, pour leurs « frères » de l’Empire, un stimulant à l’énergie et une provocation à l’insurrection, elle pèse encore d’un poids décisif sur les hésitations des puissances et sur les répugnances de la Porte ; s’il y a eu, en Macédoine, de 1902 à 1908, des tentatives