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directs dans les Balkans, la démarche, venant d’elle, provoquerait moins de susceptibilités. Il était toutefois à peu près certain qu’elle en provoquerait en Autriche. L’Autriche-Hongrie est, en ce qui concerne les Balkans, dans une situation inverse de la nôtre : c’est, avec la Russie, le pays qui a le plus d’intérêts dans les Balkans, mais elle les comprend autrement. Pour la Russie, ces intérêts se traduisent par des questions d’influence morale sur le monde slave ; pour l’Autriche, formée de populations de races différentes, ils ont un caractère plus complexe et sont à la fois politiques et économiques : le gouvernement austro-hongrois, dans ces dernières années, s’en est fait une conception quelque peu étroite que ses luttes contre le gouvernement serbe ont encore rétrécie et, en quelque sorte, durcie. Aussi, maintes fois, le comte Berchtold avait-il déjà déclaré qu’il ne renoncerait pas à ces intérêts, et qu’il les défendrait à tout prix ; il entendait ne s’engager à rien pour l’avenir et conserver sa pleine liberté d’action. Cela étant, la proposition, de désintéressement qu’on lui présentait devait produire sur lui un effet assez vif, et c’est ce qui n’a pas manqué d’arriver. Notre ambassadeur à Vienne, M. Dumaine, a eu beau expliquer qu’il ne s’agissait que de désintéressement territorial, que les intérêts, d’ailleurs très légitimes de l’Autriche, pouvaient être défendus sans accroissement de territoire ; qu’ils le seraient, en effet, par des moyens auxquels tout le monde se prêterait volontiers : le comte Berchtold n’a pas fait de réponse immédiate, il a demandé à réfléchir. Ses réflexions se sont vraisemblablement combinées avec des conversations poursuivies à Berlin et à Rome, en vue de s’assurer du concours de ses alliés, et, au bout de quelques jours, la presse autrichienne est partie en campagne contre la proposition de désintéressement. Elle n’a pas épargné ceux qui l’avaient faite ; elle a même affecté contre eux un ton de polémique violente qui n’est pas dans ses habitudes. Ces articles de journaux n’auraient pas eu grande importance, s’ils n’avaient pas eu pour objet de faire pressentir la réponse du gouvernement austro-hongrois et celle de ses alliés. La réponse est venue en effet : elle a été évasive. Les trois puissances ont manifesté les meilleures dispositions en ce qui concerne, sans d’ailleurs les préciser, les démarches à faire, quand le moment serait venu, pour aider au rétablissement de la paix ; mais de la proposition de désintéressement territorial, pas un mot. Ce silence équivalait à un refus. Nous ne rechercherons pas s’il n’aurait pas été possible d’éviter une réponse aussi nette en ne faisant pas une question aussi directe. Quoi qu’il en soit, le résultat de cet engage-