Page:Revue des Deux Mondes - 1912 - tome 12.djvu/623

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on ne sait quoi de plus subtil et peut-être de plus poignant.

Datée encore de juillet et composée en arpentant « le préau des prévenus, » la pièce qui, dans Jadis et Naguère, et déjà dans le manuscrit, porte le titre Autre, et qui était précédée, tout d’abord, de cette épigraphe ironique : « Panem et circenses, » nous parait, sous ses traits de railleuse compassion, plus pénétrante, plus humaine :

La cour se fleurit de souci
Comme le front
De tous ceux-ci
Qui vont en rond,
En flageolant sur leur fémur
Débilité,
Le long du mur
Fou de clarté.
………..
Ils vont ! et leurs pauvres souliers
Font un bruit sec,
Humiliés,
La pipe au bec. —
Pas un mot ou bien le cachot,
Pas un soupir,
Il fait si chaud
Qu’on croit mourir…

Ce tableau ne fait qu’exprimer l’humble réalité et toutefois, pour retrouver la même intensité de sentiment, il faudrait remonter à la Maison des morts ou arriver jusqu’à Résurrection.

Mais, encore du même mois, est une pièce surprenante par sa beauté d’expression et par sa nouveauté de rythme : Sur les eaux. Elle compte parmi les plus passionnément tristes et émouvantes qui soient sorties de ce cœur douloureux. C’est une plainte d’alcyon, un cri de grand oiseau sauvage capturé, encagé par les oiseleurs :

Je ne sais pourquoi
Mon esprit amer,
D’une aile inquiète et folle, vole sur la mer.
Tout ce qui m’est cher
D’une aile d’effroi
Mon amour le couve au ras des flots. Pourquoi, Pourquoi ?

Il y a là comme un dernier élan de cette âme « ivre de soleil et de liberté. »