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CHRONIQUE DE LA QUINZAINE.




Quelque opinion qu’elle ait d’un ministère, il n’est pas dans les habitudes parlementaires qu’une Chambre le renverse dès le lendemain de sa naissance : elle veut le voir à l’œuvre, elle lui accorde toujours un certain répit. On peut regretter cet usage, mais il est établi. M. Doumergue a donc affronté sans péril les interpellations qui lui ont été adressées : il s’est contenté d’une affirmation qui lui a suffi jusqu’ici pour répondre â toutes les questions qu’on lui a posées, à savoir qu’il était républicain et qu’il ne consentirait à gouverner qu’avec la majorité du parti républicain. On peut trouver cette éloquence un peu sommaire, mais M. Doumergue a raison de s’y enfermer, puisque la Chambre s’en contente et qu’il serait sans doute imprudent pour lui d’en sortir.

Il n’a eu pourtant, le premier jour, qu’une faible majorité, les 75 socialistes unifiés s’étant abstenus de prendre part au vote. Rien de plus naturel que cette abstention, de plus logique, de plus conforme aux principes : les socialistes étaient endroit de croire, après tout ce qui s’était dit, que le nouveau ministère, s’il ne se prononçait pas tout de suite et résolument contre la loi de trois ans, ne manquerait pas d’en faire ressortir le caractère provisoire et s’orienterait vers le retour au service réduit. Le gouvernement ne l’a pas fait. Sans doute il a parlé de la loi militaire sans enthousiasme, mais il a dit que c’était la loi, et qu’il l’exécuterait loyalement. Ce n’est pas ce qu’attendaient les socialistes, ni même sans doute la majorité des radicaux : toutefois, ils se sont divisés au moment du vote. Les premiers n’y ont pas pris part, ils ont gardé leurs bulletins serrés dans leurs boîtes comme des armes de réserve ; les seconds ont voté pour le Cabinet, affectant de croire qu’il n’était qu’à demi sincère, qu’il ne fallait pas prendre son langage au pied de la lettre et que sa