Page:Revue des Deux Mondes - 1914 - tome 19.djvu/31

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parfaitement. (Rires et applaudissemens au centre et à droite.) Mais j’ai le regret de vous dire que l’entente entre les partis est moins facile à faire à Moulins-lès-Noyers. (Nouveaux rires.)

Dans le courant de l’année dernière, on s’aperçut que le calvaire avait besoin de réparations. Le conseil municipal, propriétaire, n’y voulait rien dépenser. Soit ! dirent les amis du calvaire, qui se cotisèrent et trouvèrent les 900 francs nécessaires. Mais le conseil municipal, ô merveille ! leur refusa l’autorisation de réparer. Vous entendez bien : des amis du calvaire, des contribuables, avec leur argent propre, sans demander aucun sacrifice à la commune, offraient de réparer cet objet intéressant, mais le conseil municipal le leur interdit.

On m’avertit. Le cas ne m’étonna pas outre mesure ; il y a des exemples assez nombreux. Pourtant je publiai dans l’Illustration un article accompagné de deux belles photographies. J’y invoquais M. Dujardin-Beaumetz. La direction des Beaux-Arts s’émut. Un architecte des monumens historiques vint à Moulins, et l’on me fît savoir que la question du classement était à l’étude et qu’il y avait bon espoir.

Mais, tandis que les bureaux méditaient, voilà-t-il pas que mon article et mes photographies faisaient auprès des marchands une belle réclame au Christ de Bridan. Elles avaient été reproduites dans un journal américain ; les antiquaires accoururent, et, complication merveilleuse, en se promenant dans le village, ils dénichèrent un tableau intéressant à la sacristie de l’église. Tout naturellement, ils demandèrent à l’acheter.

Là-dessus, en novembre dernier, arriva la nouvelle que la Commission des monumens historiques me donnait raison et qu’elle se prononçait pour le classement du calvaire.

D’urgence, le conseil municipal se réunit, et je veux que vous entendiez les considérans de la délibération qu’il prit, le 17 novembre, à sept heures du soir. Ecoutez cet extrait du registre des délibérations :

« Considérant que, d’après la loi de Séparation, il est interdit d’élever sur les places publiques tout monument ou emblème ayant un caractère religieux ;

« Considérant que la demande de réfection du calvaire n’émane que du curé seulement ; que la plupart des habitans s’en désintéressent complètement, estimant qu’elle n’est d’aucune utilité ;