Page:Revue des Deux Mondes - 1914 - tome 19.djvu/32

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« Considérant, en outre, que le conseil municipal, désireux que la neutralité soit observée, ne saurait donner son approbation à la réfection d’une construction de ce genre (Exclamations à droite et au centre) qu’on se propose de réédifier dans un but de propagande religieuse,

« Dans ces conditions et pour ces motifs, le conseil refuse son approbation à la demande de réparations, ainsi qu’à celle de classement. »

M. LE COMTE ALBERT DE MUN. — C’est une mentalité extraordinaire !

M. MAURICE BARRÈS. — Par bonheur, cette fois, la Commission des monumens historiques n’était pas d’humeur à reculer devant cette réunion de Bouvard, de Pécuchet et de Homais. (Rires et applaudissemens à droite.) Elle en appela devant le Conseil d’Etat, et, grâce à cette haute juridiction, l’injustifiable opposition du conseil municipal de Moulins a été brisée en septembre dernier, après une lutte de vingt mois.

Cette histoire nous fait connaître un esprit qui règne dans un trop grand nombre de communes autour des monumens religieux. Il y a des communes qui refusent d’entretenir des édifices devenus leur propriété ; d’autres qui refusent aux fidèles la faculté de subvenir à cet entretien avec leur argent, et d’autres, enfin, qui refusent à l’Etat de les classer parmi les monumens historiques.

Vous allez me répondre, monsieur le ministre : « Mais, votre histoire le prouve, nous sommes armés pour maintenir contre cette inintelligence les droits des créations de l’esprit ; nous pouvons en appeler au Conseil d’Etat ! »

Ah ! monsieur le ministre, il est heureux pour le calvaire de Moulins que j’aie pu y intéresser la presse, sans quoi c’en était fait ; ni vous, ni le Conseil d’Etat n’en eussiez jamais entendu parler.

Renseignez-vous auprès des inspecteurs des monumens historiques. Ils vous diront tous que, dans les départemens de Seine-et-Marne, de Seine-et-Oise et de l’Yonne, les églises dont les municipalités refusent le classement sont dans la proportion d’une sur deux, c’est-à-dire que 30 pour 100 des monumens proposés par les architectes ne peuvent pas être classés, faute du consentement des maires et des conseillers municipaux. Et vous ne passez pas outre.