Page:Revue des Deux Mondes - 1914 - tome 19.djvu/34

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page n’a pas encore été corrigée


Dieu ? A quelles idées ? Nous le savons tous : à l’épicier de Bornel.

Et pourtant, messieurs, quels trésors de noblesse et de poésie, quelle richesse matérielle aussi représentent ces églises de France, que nous sommes en train de laisser s’écrouler ! Leur série à traversées siècles constitue presque à elle seule la belle chaîne de l’art français. (Applaudissemens à droite et au centre.) Qu’avons-nous, en effet, d’architecture civile que nous ait légué notre passé, auprès de cette immense floraison, ininterrompue depuis plus de dix siècles et variée suivant les époques, suivant les régions, que dis-je ! suivant les paroisses ? Il n’y a pas sur la terre de France deux églises rurales qui soient en tous points pareilles, pas plus qu’il n’y a deux feuilles identiques dans la vaste forêt. Églises romanes, églises gothiques, églises de la Renaissance française, églises de style baroque, toutes portent un témoignage magnifique, le plus puissant, le plus abondant des témoignages, en faveur du génie français. (Applaudissemens à droite et au centre.) On ne peut comparer à une si belle tradition monumentale que la tradition de la musique en Allemagne. Encore cette tradition musicale allemande ne date-t-elle que du XVIe siècle, tandis que nous avons des églises depuis le IXe. Elles sont la voix, le chant de notre terre, une voix sortie du sol où elles s’appuient, une voix du temps où elles furent construites et du peuple qui les voulut. Il faut les sauver, monsieur le ministre ; il nous faut une règle légale qui assure la préservation, la conservation des églises. (Nouveaux applaudissement à droite et au centre.)

Une règle légale, mais laquelle ? Je vous le demande à vous, Gouvernement ; je vous demande quel est votre moyen, et comment vous comptez sauvegarder les édifices religieux de la France ?

C’est au Gouvernement à prendre l’initiative de la législation nécessaire. Pourtant je ne veux pas me dérober aux difficultés de la situation, et voici quelques idées que je me permets de vous soumettre.

Messieurs, si les églises de France menacent ruine, qui est-ce que l’esprit de notre législation désigne comme premier gardien et sauveur de ces monumens ? Assurément, c’est l’État. L’État est chargé de veiller à la conservation des choses publiques, et il ne dénie pas ce devoir ; il réclame de présider aux