Page:Revue des Deux Mondes - 1914 - tome 19.djvu/439

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page n’a pas encore été corrigée


L’oreille grande ouverte à l’ardente parole
Qui flagelle les airs comme un simoun de feu,
Ils rêvent aux combats récompensés par Dieu,
À la mort des martyrs, à la rouge auréole.

Et voici ce que dit, dans son prône, l’Imam,
Envoyé d’El Hiba, champion de l’Islam :

« Les Français sont venus, plus nombreux que les mouches
        Sur le cadavre des chameaux,
Satan, le lapidé, triomphant par leurs bouches,
        Plus puantes que les tombeaux ;
Ils sont venus chez nous déshonorer la terre,
        L’Atlantique les a vomis ;
Sur notre plaie à vif, en place du cautère,
        Ils ont mis du sel, ces roumis !
Insoucieux d’Allah et du maître de l’heure,
        Ils ont saccagé nos moissons,
Oui, ces chiens fils de chiens, l’enfer soit leur demeure !
        Ont souillé les quatre horizons.
Les youdis, réprouvés dans l’un et l’autre monde,
        Les ont fêtés dans leurs mellahs,
Ils ont fait ruisseler pour eux l’alcool immonde,
        Et mis leurs femmes dans leurs bras.
Horreur ! les mécréans, par les orges roussies,
        Et déferlantes, flot sur flot,
Ont, sur nos os, changé leurs longs sabres en scies,
        Chevaux lancés à plein galop !
Les têtes des croyans, à l’arçon de leurs selles,
        Ont dansé, les deux yeux crevés,
Tandis que le sang noir qui coulait derrière elles
        Marquait leurs noms sur les pavés ;
On a vu les Français pénétrer dans nos temples,
        Par les brèches de leurs boulets,
Brûler nos livres saints sous les ogives amples
        Où le feu jetait ses reflets.
L’incendie et le vol, le meurtre et la luxure,
        Comme des fléaux capitaux,
Ont régné sur l’Islam, sans répit, sans mesure,
        Nous ont broyés dans leurs étaux.