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Le miracle français


I

Souvenez-vous. C’est l’histoire d’hier, et il semble qu’elle soit vieille d’un siècle…

Mais au moment de rappeler cette histoire, c’est-à-dire de fixer les principaux traits de notre situation morale, politique et sociale avant la guerre, entre les élections générales du mois de mai et le coup de foudre du mois d’août, notre plume hésite et s’arrête. Dieu nous garde de réveiller nos vieilles querelles et de porter atteinte à la trêve des partis, à ce qu’on a appelé l’ « union sacrée » d’aujourd’hui ! Mais le souvenir est resté dans toutes les mémoires, et il nous suffit d’y faire allusion. Le moins qu’on puisse dire est que nous étions profondément divisés il y a dix mois. Les esprits étaient agités, les consciences troublées, les passions déchaînées, et notre mauvaise fortune ne nous avait même pas épargné ces scandales qui apparaissent à la fin d’un régime comme un inquiétant symptôme. Les pessimistes criaient à la décadence. Les optimistes, ceux qui, dans les deux années précédentes, avaient cru voir se lever l’aurore d’une France nouvelle et avaient salué la naissance d’un esprit nouveau, ceux-là se demandaient avec inquiétude s’ils ne s’étaient pas trompés, ou si du moins il ne leur faudrait pas ajourner à une autre génération leurs tremblantes, leurs timides espérances…

Brusquement, dans cette atmosphère de corruption, de malaise et d’orage, comme un coup de tonnerre, la guerre éclate. Et soudain, voici qu’une France nouvelle apparaît : une France unie, fière sans bravade, calme et grave, celle-là même