Page:Revue des Deux Mondes - 1915 - tome 26.djvu/904

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S’il n’est pas rigoureusement démontré qu’à l’époque lointaine vers laquelle je convie mes lecteurs à me suivre, le prince de Bismarck a voulu la guerre, ses défenseurs eux-mêmes ont avoué qu’il ne négligea rien pour nous faire croire qu’il la voulait et que d’ailleurs, autour de lui, dans le parti militaire prussien, elle était ardemment souhaitée, bien que l’empereur Guillaume Ier, vieux, fatigué et jaloux de se reposer sur ses lauriers, y fût résolument hostile. Tous 1ers Cabinets européens ont été convaincus alors qu’il s’en est fallu de bien peu qu’elle n’éclatât, et qu’elle n’avait été évitée que grâce à l’intervention de la Russie et de l’Angleterre.

Néanmoins, quelque imminent qu’eût été le péril, c’est seulement en 1879 que les péripéties de l’événement furent révélées par un récit que publia sans signature le Figaro. J’en étais l’auteur, et je devais d’avoir pu l’écrire aux bienveillantes communications du duc Decazes, qui avait dirigé de 1873 à 1877 notre département des Affaires étrangères. Au moment où ce récit était l’objet des commentaires des journaux français et des violens démentis des journaux allemands, j’eus le regret de voir certains organes de la presse parisienne mettre en doute mes affirmations pour des motifs tirés de notre politique intérieure, sur lesquels il n’y pas lieu de revenir aujourd’hui.

J’avais eu soin, cependant, de mentionner dans ma relation un fait bien propre à justifier mes dires. Le 11 mai 1875, c’est-à-dire au lendemain de la crise, le duc Decazes ayant été amené à en exposer les détails dans une sous-commission du budget que présidait Gambetta, celui-ci, se faisant l’organe de la majorité de ses collègues, l’avait chaudement félicité, au grand dépit d’un membre de la sous-commission, appartenant à l’Extrême Gauche, que mécontentait ce témoignage flatteur adressé au gouvernement du Septennat. Cet intransigeant avait même tenté de tendre un piège au ministre et, dans l’espoir d’ouvrir un débat sur ses explications, l’avait invité à les recommencer. Mais le président s’y était opposé.

— Des explications de cette nature, une fois données, ne se recommencent pas, avait-il dit ; c’est tant pis pour ceux qui ne les ont pas entendues.

Ce n’est pas seulement sous cette forme qu’il avait exprimé à Decazes la reconnaissance qui lui était due pour l’habileté ave. laquelle il avait conjuré le danger. Aux élections de 1876, c’est