Page:Revue des Deux Mondes - 1915 - tome 29.djvu/240

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elle lui a déclaré la guerre ; mais elle ne l’a déclarée ni à l’Allemagne, ni à la Porte, bien qu’elles soient les alliées de l’Autriche, et l’Allemagne et la Porte ne la lui ont pas déclarée davantage ; elles se contentent de la lui faire. La différence est que l’Allemagne y met quelque discrétion, tandis que la Turquie n’y en a mis aucune. Elle a ostensiblement soutenu l’insurrection arabe en Libye, elle y a envoyé-des officiers, elle a fomenté le dangereux fanatisme des Senoussis. C’était déjà beaucoup, mais elle a fait davantage : elle a empêché les Italiens qui sont sur certaines parties de son territoire d’en sortir pour regagner leur pays. Vainement le Cabinet de Rome a protesté, puis menacé : rien n’y a fait. Il y avait évidemment un parti pris de la part de la Porte, et il est difficile, il est même impossible de croire qu’elle-l’ait pris sans y avoir été encouragée. Quoi qu’il en soit, l’hostilité ottomane s’est manifestée avec une telle évidence de provocation que-l’Italie n’a pas pu la supporter plus longtemps ; son honneur même y était engagé ; elle a donc déclaré la guerre. Nous ne savons rien encore de la manière dont elle la fera, ni des points sur lesquels elle portera son effort, soit sur terre, soit sur mer ; ses intentions, qu’elle, a eu le temps de mûrir, sont sûrement arrêtées, mais ne sont pas encore connues ; elles le seront sans doute bientôt et quand l’exécution commencera, l’ébranlement se fera sentir dans tout l’Orient méditerranéen ou l’Italie a aussi des terres à recouvrer. Collaborant avec les Alliés auxquels elle apportera sa force, elle profitera de la leur et donnera par-là aux pays balkaniques un exemple de nature à les frapper. Quelques-uns pourront même y prendre un intérêt particulier. Mais n’anticipons pas sur un avenir dont les modalités restent incertaines : pour le moment, c’est sur les Balkans mêmes que nos yeux doivent se tourner.

Nous n’avons pu faire, il y a quelques jours, qu’une allusion rapide à une récente démarche des Alliés auprès de toutes les Puissances balkaniques. C’est le 6 août, si nous ne nous trompons, que des notes ont été remises à Nich, à Sofia, à Athènes et à Bucarest, avec l’intention avouée de reformer l’entente si malencontreusement rompue, en 1913, entre les pays chrétiens de la péninsule. Il est bien inutile aujourd’hui de relever les fautes commises et d’attribuer les torts principaux à ceux-ci ou à ceux-là. L’histoire débrouillera cet écheveau comme elle le pourra : quant à nous, c’est de la politique, et non de l’histoire que nous avons à faire. Qu’ils le veuillent ou non, qu’ils le croient ou non, les pays balkaniques sont solidaires les uns des autres : ils seront forts et respectés quand ils seront unis,