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ils seront faibles et traités connue tels quand ils ne le seront pas. Certaines Puissances ont toujours travaillé à les mettre en opposition les uns contre les autres, afin de les dominer tous. Elles y avaient peut-être intérêt ; mais ni la France, ni l’Angleterre n’en ont un semblable, et la Russie ne l’a eu que par accident, lorsqu’elle a dû lutter contre les intrigues de l’Autriche, passée maîtresse dans l’art de diviser pour régner. Aujourd’hui, la politique des Alliés n’est et ne peut être qu’une politique d’union dans les Balkans ; mais quelque utile et même nécessaire qu’elle soit pour les Balkaniques eux-mêmes, des souvenirs récens et cuisans en rendent la réalisation difficile et, pour qu’elle aboutisse, il faut beaucoup oublier et beaucoup réparer. Les Alliés n’ont pas été découragés par les difficultés de la tâche : ils l’ont entreprise courageusement, dans l’espoir que la raison finirait par avoir raison.

Que l’intérêt des Balkaniques soit de faire corps avec les Alliés, rien n’est moins douteux et ils le sentent eux-mêmes. Ils ne croient pas, même après avoir lu le discours de M. de Bethmann-Hollweg, que l’Allemagne soit le bouclier qui protège leur liberté ; ils savent à quoi s’en tenir sur la théorie qu’elle professe ou plutôt qu’elle applique en vue du bien des petits pays, et c’est une raison de plus pour qu’ils en forment un grand, grâce à leur union ; mais ils ont besoin qu’on les y aide par des conseils et des exhortations dans lesquels ils reconnaissent de la bienveillance et de l’autorité. Les suggestions des Alliés ont certainement ce caractère : néanmoins, pour qu’elles soient suivies, il reste encore beaucoup à faire. La Roumanie se trouve à cet égard dans la situation la plus facile : on lui a accordé tout ce qu’elle demandait. Puisqu’on devait finir par-là, comment ne pas exprimer le regret qu’on ne l’ait pas fait plus loi ? Si la Roumanie était intervenue lorsque les Russes étaient sur les Carpathes, la situation générale aurait été profondément modifiée et la durée de la guerre sensiblement abrégée. L’occasion a été perdue : nous ne le rappelons pas pour exprimer des récriminations qui seraient bien vaines, mais pour que la leçon profite et que la faute ne se renouvelle pas. Il y a dans toutes les choses humaines un moment précis et fugitif qu’il faut saisir, car c’est celui où l’effort qu’on fait obtient le plus facilement et rapidement la plénitude de ses résultats. Que la Serbie, la Bulgarie et la Grèce profilent de l’expérience d’autrui et quelles fassent aujourd’hui ce qu’elles seront amenées à faire demain : tout le monde en profitera, elles en profiteront les premières.

La Serbie semble l’avoir compris, en quoi elle a montré un esprit