Page:Revue des Deux Mondes - 1915 - tome 29.djvu/242

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politique au moins égal à son héroïsme militaire et peut-être plus méritoire. Cette nation, qui naguère encore ne faisait qu’une modeste figure dans le monde, s’est révélée grande par l’intelligence autant que par le cœur. Ce qu’on lui demande, il lui est infiniment pénible et douloureux de l’accorder, car c’est la plus grande partie de la Macédoine qui lui a été attribuée par le traité de Bucarest et elle y tient comme à un morceau de sa chair. Aucun sacrifice ne peut lui être plus sensible : cependant, elle s’est résignée à le faire à l’intérêt général dont elle n’a pas voulu séparer le sien. Ce sera l’honneur de M. Pachitch d’avoir fait comprendre à la Skoupchtina cette nécessité politique et ce sera celui de la Skoupchtina d’y avoir accédé. L’ordre du jour qu’elle a voté le 24 août, par 103 voix contre 22, est ainsi conçu : « Après les renseignemens que le gouvernement a donnés à huis clos, la Skoupchtina, rendant hommage aux héros tombés, affirmant sa résolution de soutenir, aux côtés des Alliés, la lutte pour la libération et l’unité serbe-croate-slovène au prix des sacrifices indispensables, pour garantir ses intérêts vitaux, approuve la politique du gouvernement et passe à l’ordre du jour. » Avant de consulter l’assemblée, M. Pachitch était allé sur le front causer avec le prince héritier : l’unanimité s’est donc faite dans tous les pouvoirs publics, grâce à une confiance réciproque dont ils sont tous également dignes. Sans doute, la Serbie discutera encore et n’accordera que le moins possible, mais elle accepte de faire les « sacrifices indispensables, » et ce mot dit tout. La partie de l’Europe qui ! lutte en ce moment pour son indépendance, ou plutôt pour celle de tous, avait déjà une forte dette de reconnaissance envers la Serbie : cette dette est encore accrue.

Qu’adviendra-t-il de la Grèce ? Ses sympathies pour la cause des Alliés ne sont pas douteuses, mais on sait par suite de quelles circonstances elles n’ont pas encore pu s’exprimer complètement. Les nôtres sont restées les mêmes pour la Grèce, et nous ne demandons, quand l’heure en sera venue, qu’à pouvoir les lui témoigner pratiquement. Mais aucun pays ne peut espérer qu’en vertu de principes absolus, qui sembleraient se réclamer d’une sorte de droit divin, les choses tourneront pour lui de la même manière, quoi ! qu’il fasse ou qu’il ne fasse pas. Cette vérité est trop évidente pour qu’on y insiste. Nous avons salué avec confiance et espérance le retour au pouvoir de M. Venizelos. Il y a été porté par le vote du pays, et le roi Constantin est trop respectueux des règles constitutionnelles pour n’avoir pas donné à ce vote la sanction qu’elle