Page:Revue des Deux Mondes - 1915 - tome 29.djvu/60

La bibliothèque libre.
Aller à la navigation Aller à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.

revenir, a passé, dans les cinq dernières années qui ont précédé la guerre actuelle (1908 à 1913), de 215 à 256 millions de tonnes. La juxtaposition de ces deux chiffres représente une formidable victoire qui fut remportée sur les alliés actuels en pleine paix.

Comment une industrie houillère naît, se développe et devient à son tour source de vie, nous le verrons bientôt dans quelques cas particuliers. Cet enseignement que nous allons acquérir, tirons-en tout de suite des conclusions, sans oublier la comparaison des deux ou trois pays voisins à laquelle va être consacrée notre étude.

Les villes industrielles, qui représentent la principale force agissante et le grand élément enrichissant d’un pays moderne, peuvent être divisées en deux groupes principaux. Les unes sont anciennes, depuis longtemps fameuses, fières de leur passé, fortes de leur richesse acquise, parfois un peu endormies. Des conditions favorables (qui, pour certaines, ont cessé de l’être autant) y ont provoqué jadis un développement, entretenu depuis par la vitesse acquise, par la tradition, par les capitaux accumulés. Elles ont au moins possédé autrefois, si elles ne possèdent plus maintenant, des combustibles, des minerais, un accès rapide et sûr, le plus souvent par eau, vers la source de leurs matières premières et vers le débouché de leurs fabrications. Les autres, dont le nom même est souvent à peine connu, tant elles sont jeunes, se sont développées d’hier, logiquement, systématiquement, par l’application spontanée ou factice d’une nécessité économique : presque toujours sur un bassin houiller ou, parfois, à proximité simultanée de la mine et de la mer ou des voies navigables qui y conduisent. Les vieux pays, tels que la France et l’Angleterre, ont beaucoup de villes appartenant au premier groupe ; l’Allemagne d’autrefois en avait aussi qui subsistent ; mais l’Allemagne moderne, qui vise à prendre une allure américaine, tend à se conformer de plus en plus au second type, et c’est sa force.

Il est facile de comprendre pourquoi les deux systèmes peuvent subsister côte à côte, pourquoi, suivant les cas, on peut défendre l’une ou l’autre des deux solutions. C’est un peu l’éternel conflit que l’on retrouve dans tous les domaines entre les conservateurs et les avancés, entre les anciens et les modernes, entre le capital et le travail.

Toute ville industrielle du passé a eu sa raison d’être