Page:Revue des Deux Mondes - 1915 - tome 29.djvu/61

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logique autrefois. Mieux fournie ou mieux située pour vendre, quelquefois mieux défendue, elle est née de circonstances naturelles favorables qu’ont su mettre à profit des initiatives laborieuses, intelligentes et persévérantes. Si les mêmes circonstances se sont perpétuées, son avantage reste immense. De par sa fortune même, les moyens de communication y abondent ; les maisons d’affaires y ont l’autorité d’une réputation bien établie ; la population nombreuse y fournit, avec les producteurs, une partie des consommateurs également nécessaires. Un faisceau d’industries et de commerces s’y est créé qui se prêtent un mutuel appui. Même si les circonstances premières se sont modifiées, pourvu qu’elles ne se soient pas retournées en faveur d’un concurrent trop proche, une ancienne ville profite encore quelque temps de survivances facilitées par les traditions de famille, par un milieu favorable à l’apprentissage des enfans. Elle peut se survivre en raffinant des produits de plus en plus perfectionnés, où la part de la matière première s’affaiblit de jour en jour.

Les autres villes, les villes d’hier ont, pour l’abondance et le bon marché de la production, des facilités singulières. Où ont-elles grandi ? On pourrait presque, sans les connaître, l’établir d’avance par le calcul. Toute industrie d’élaboration ou de fabrication consomme de la houille, utilise des matières premières, expédie des produits. S’il ne lui faut que de la main-d’œuvre courante et commune, on peut admettre que la dépense en est partout analogue. Additionnons les trois prix de transport calculés pour ces trois groupes de matières en raison de leurs poids respectifs et de la distance à franchir, nous obtenons une dépense totale qu’il s’agit de réduire à son minimum, en laissant au besoin s’accroître un des trois élémens, s’il en résulte une réduction plus forte pour les deux autres. Le plus souvent l’avantage restera à la houille parce qu’il en faut beaucoup, parce qu’elle est lourde, parce qu’elle donne des sous-produits dont l’utilisation complète n’est possible que dans un centre d’activité, parce que son gisement est localisé, tandis que les autres matériaux arrivent parfois de tous les coins du monde, comme les produits manufacturés s’y dispersent. La ville industrielle moderne est donc presque toujours une ville houillère, surtout si cette ville houillère a pu, comme un Newcastle, un Liverpool, un Cardiff, bénéficier de la mer, ou