Page:Revue des Deux Mondes - 1915 - tome 29.djvu/62

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du moins si elle est facilement reliée avec elle comme le sont les cités prospères de Belgique, du Nord français, de la Westphalie.

Et cette nécessité de la houille s’impose même aux villes anciennes dont je parlais tout à l’heure. On voit de grandes usines métallurgiques garder leur valeur en se transformant après avoir perdu les minerais qui les ont provoquées. Sheffield n’utilise plus guère les minerais du Hallamshire, le Creusot ceux de Saône-et-Loire, Montluçon ceux du Berry, Liège ceux des Ardennes, Essen ceux de la Ruhr ou de Siegen, pas plus que la Vieille-Montagne ne fabrique aujourd’hui son zinc avec ses gisemens épuisés d’Altenberg ou de Welkenraedt ; mais elles ont toutes du charbon sur place et, de même, le vieux Manchester, le vieux Birmingham, le vieux Saint-Etienne ne se survivraient pas, si la campagne n’y était pas souillée de noir par le terrain carbonifère. Des industries métallurgiques viennent de se créer dans tout le Nord français en concurrence avec celles de Meurthe-et-Moselle, sachant dès le premier jour que les minerais de fer leur feraient défaut, mais pouvant néanmoins engager la lutte, parce qu’elles bénéficieront de leur situation sur la houille.

Il serait oiseux d’insister sur ces généralités. Mieux vaut montrer maintenant, par l’exemple comparé de la France et de ses voisins immédiats, quel rôle essentiel doit être attribué à cette question de la houille dans l’histoire économique, financière et, par conséquent, — car tout s’enchaîne, — politique de ces derniers temps. Je pourrais également parler des États-Unis, et j’y trouverais des exemples particulièrement typiques en faveur de ma thèse. Ceux que je citerais ne nous touchent pas encore bien directement ; leur poids se fera sentir demain sur l’Europe, quand les Américains mettront à profit les résultats fatals d’une guerre exterminatrice entre Européens qui leur apparaît de loin fratricide. Mais les trois cas de la Grande-Bretagne, de l’Allemagne et de la France me suffiront amplement pour montrer comment les grandes prospérités récentes, — et les décadences qui leur font contraste, — ont eu pour raison d’être principale l’existence ou l’absence purement fortuites de vastes champs houillers. La grandeur croissante de l’Angleterre jusque vers le dernier quart du XIXe siècle n’a pas tenu seulement à sa position insulaire, à son splendide