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mine allemande, anglaise ou américaine, un peu comme le pré d’un montagnard péniblement accroché sur sa pente pierreuse auprès d’une large plaine labourée à la vapeur. Pour tout un ensemble de raisons qui ne sont pas seulement techniques, un mineur allemand fournit en moyenne 268 tonnes de houille par an et un Anglais 244, tandis qu’un Français en donne seulement 200 et un Belge 155. Depuis 1901, la production du mineur allemand a monté de 240 à 269, celle du Français est restée stationnaire (200 contre 196). La houille prise sur le carreau de la mine coûte donc en moyenne (1912) 7 fr. 50 aux Etats-Unis, 11 fr. 25 en Angleterre, 13 francs en Allemagne, 16 francs en France. Il est tout naturel, dans ces conditions ; que l’industriel français doive réduire sa consommation de houille par rapport à l’Allemand. Cette consommation par tête et par an a grandi en Allemagne, entre 1901 et 1913, de 1,69 à 2,12. Celle des Français n’a pu s’accroître que de 1,15 à 1,48. Et, pour une production globale quatre fois moindre dans notre pays, ces chiffres sont en faveur de nos efforts.


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J’en ai assez dit sur nos concurrens pour pouvoir maintenant aborder le cas de la France. Ce ne sera malheureusement pas long, et les constatations actuelles seront peu encourageantes. La France, si grandement favorisée à d’autres égards par la nature, est tout à fait pauvre en houille. C’est ce qui ne lui permet pas d’utiliser, comme elle le devrait, son énorme stock de minerais de fer. Que peut-elle faire de ces minerais, faute de charbon national pour les traiter ? Les fondre avec du coke venu du dehors, opération précaire et coûteuse ; ou vendre elle-même ses minerais, solution également peu avantageuse et qui, même avant la guerre, suscitait déjà de légitimes susceptibilités, destinées à s’accroître dans l’avenir après une telle floraison de haines. Faute de charbon, elle est de même paralysée pour toutes les industries à rendement intensif, comme pour sa marine marchande qui devrait cependant, d’après le développement de ses côtes, l’abondance de ses ports, l’étendue de son domaine colonial, être considérable. Mais comment songer à la grosse production et à l’exportation dans un pays, où l’on produit péniblement 40 millions de tonnes pour une consommation qui, — même réduite au minimum, comme elle l’est par