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fatalité nous amène en face d’autres nations que la Bulgarie, nous ferons à nouveau ce que l’honneur commande. Telle est la politique du gouvernement, approuvée par la nation aux élections dernières. — Ces paroles de M. Venizelos ont déchaîné la tempête. Tous les chefs de l’opposition ont pris successivement la parole et l’ont accusé de conduire le pays à une guerre désastreuse. Il s’est vaillamment défendu, combattant pied à pied et n’abandonnant rien de sa pensée. — La preuve, a-t-il dit, que les intérêts de la Grèce ne sont pas du côté des Puissances centrales est que, de ce même côté, sont la Bulgarie et la Turquie. — Et il n’a pas hésité à déclarer que, confiant d’ailleurs dans le succès final de la Quadruple-Alliance, c’est de son côté que la Grèce devait se ranger. Ce langage avait toute la clarté désirable ; on a même reproché à M. Venizelos d’y en avoir mis. Il l’a certainement fait après réflexion et de propos délibéré. Sentant ce qu’il y avait d’un peu faux dans une situation ministérielle où il n’était pas tout à fait libre, il a voulu en sortir par un coup de loyauté. Mais ses adversaires l’attendaient là et l’assaut contre lui a commencé avec rage. La discussion a été longue, ardente, passionnée : elle a duré toute une nuit, depuis cinq heures du soir jusqu’à cinq heures du matin. En fin de compte, M. Venizelos a obtenu un vote de confiance. La majorité lui est restée fidèle, et, si les règles du gouvernement parlementaire avaient été respectées, il aurait dû conserver le pouvoir C’est alors que le Roi s’est déclaré contre lui, ce qui est assurément une démarche incorrecte de la part d’un souverain constitutionnel. Une fois de plus, M. Venizelos a été obligé de donner sa démission pour cause de dissentiment avec la couronne. Au point de vue intérieur, cela ne regarde que les Grecs. Au point de vue international, les Alliés n’ont à prendre conseil que de leurs intérêts.

Une crise ministérielle, dans un moment comme celui-ci, est une chose grave, et dont la gravité s’accroît, si on songe que l’homme qui disparaît provisoirement a la valeur et l’importance de M. Venizelos ; mais il semble bien, à voir la rapidité avec laquelle il a été pourvu à son remplacement, que le coup était prévu et qu’on y avait pourvu par avance. La constitution du nouveau ministère était sans doute toute faite dans la coulisse : on ne s’est d’ailleurs donné aucune peine pour l’imaginer, car on a pris, sans y regarder de plus près, tous les anciens présidens du Conseil. Ce bouquet ministériel est composé de fleurs qui ont pu être brillantes autrefois, mais qui sont aujourd’hui plus ou moins fanées. Tous ces hommes sont, faut-il dire adversaires ou ennemis de M. Venizelos ? On peut choisir le terme qu’on voudra :