Page:Revue des Deux Mondes - 1915 - tome 30.djvu/876

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dans le succès industriel une grande place à l’improvisation et au petit bonheur. Mais au début du XXe, c’était vérité comprise sous toutes les latitudes que l’industrie nouvelle n’allait plus sans la science exacte et que, seule, une organisation prévue, combinée, chiffrée pouvait tirer désormais un rendement profitable des richesses ou des qualités naturelles, quelque grandes qu’elles fussent. Donc, pour survivre, l’industrie du Continent et, pour continuer de prospérer, l’industrie de l’Ile et, pour commencer de grandir, l’industrie transatlantique, bref, toute l’industrie des hommes blancs avait dû se régler sur le modèle germanique : c’est la leçon la plus claire que l’humanité eût rapportée de notre Exposition universelle de 1900 ; le monde entier y avait senti le besoin de s’acquérir cet outil de la science allemande, que, juste à la même heure, les Allemands avaient intérêt à exporter sous forme de modèles, de recettes ou d’initiateurs.

Le propre de l’industrie scientifique est de fabriquer, suivant des gabarits rigidement déterminés, des produits exactement pareils : toute exportation allemande fournissait donc au monde le modèle à copier. La découverte scientifique, d’autre part, est devenue sous les espèces du brevet d’invention une propriété susceptible, comme toutes les autres, de se vendre ou de se louer : l’inventeur allemand avait tout bénéfice immédiat soit à vendre son brevet au plus offrant, soit à le louer au plus grand nombre d’exploitans qui en voulaient ; la vente et la location mondiale des brevets devinrent deux grandes sources de gains allemands durant les années 1900-1910. Enfin, l’éducation scientifique et l’habileté technique sont, pour leurs détenteurs, des capitaux que l’on peut faire valoir, comme les autres, chez tous les peuples qui trafiquent ; mais elles rapportent beaucoup plus chez ceux qui en sont démunis : le technicien allemand fut appelé, accueilli et mieux payé qu’en Allemagne sur les places industrielles de l’univers entier ; autant que son argent à la France, que sa houille à l’Angleterre ou que son coton aux Etats-Unis, ce fut le technicien que l’humanité entière demanda à l’empire de Guillaume II. Dans l’Europe du XVIe siècle, on avait vu les imprimeurs allemands s’établir et devenir les ouvriers de la Renaissance éducatrice et littéraire. Dans le monde du XXe siècle, le chimiste, l’ingénieur et le clerk allemands activèrent partout la renaissance industrielle et