Page:Revue des Deux Mondes - 1916 - tome 31.djvu/116

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


On arrivera par suite, forcément, à une disproportion des forces, qui ne laissera plus à l’un des deux adversaires aucun espoir de résister. Mais on voit que cela peut être long. Des trois élémens de lutte : le nombre, le matériel, le terrain, ce dernier paraît être aujourd’hui celui qu’il est le plus aisé de conserver, aussi longtemps que les deux autres n’ont pas trop baissé. La puissance actuelle de la défensive est la vraie raison de la longue durée de la guerre. Elle permet de garder jusqu’au bout, avec le sol national, tous les moyens d’action qui s’y reproduisent. Les guerres courtes sont celles où le front, comme une balance délicate, est sensible à la moindre inégalité des forces, et où celle-ci se traduit par un grand recul du plus faible. Dans la lutte éternelle entre la protection et le projectile, après des alternatives opposées, l’équivalence s’est toujours rétablie entre eux. Rien ne laisse prévoir si l’un des deux l’emportera définitivement. Dans ce cas seulement, l’une des deux formes de la guerre s’imposerait à jamais : le triomphe complet de la défensive signifierait guerres interminables, celui de l’offensive guerres foudroyantes. L’un correspond à un équilibre stable, l’autre à un équilibre instable, que chaque inclinaison précipite avec plus de violence à sa chute.

Rien n’autorise donc à supposer que les guerres futures seront nécessairement plus brèves que celle d’aujourd’hui. Grâce à l’arbitrage et à un judicieux pacifisme, les conflits superficiels se résoudront probablement sans effusion de sang. Il ne restera que les différends profonds, que n’écarterait aucun artifice. Ce seront d’âpres compétitions. La grandeur des intérêts en jeu, l’ardeur des passions, la puissance matérielle des alliances opposées en feront des luttes de géans, poussées à fond et menées jusqu’au bout.

Un caractère nouveau, qui contraste avec l’efficacité médiocre de l’offensive et avec la prolongation des hostilités, est l’extrême mobilité des opérations. Malgré l’énormité des masses mises en œuvre, les mouvemens sont rapides et les changemens incessans. Les campagnes semblent en perpétuel recommencement. Ces reprises jadis étaient plus lentes et plus difficiles : maintenant, les transports mécaniques permettent de mobiliser et de concentrer en quelques jours, quelques semaines au plus, des moyens considérables sur un théâtre tout nouveau. On ramène de l’intérieur des