Page:Revue des Deux Mondes - 1916 - tome 31.djvu/207

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du moins le peuplement européen des colonies allemandes a-t-il abouti à un échec d’autant plus remarquable qu’il contraste singulièrement, tant avec les résultats de l’émigration allemande dans les autres pays, qu’avec la prospérité croissante des colonies anglaises ou françaises, leurs contemporaines et leurs voisines.

On ne saurait en effet trop méditer les chiffres officiels qui établissent, d’après l’Almanach de Gotha lui-même, cette incapacité des Allemands à mettre depuis trente ans leur empire colonial en valeur. Sur une superficie totale de près de 3 millions de kilomètres carrés, avec près de 12 millions et demi d’indigènes, cet empire ne comportait, suivant les dernières statistiques, qu’une population européenne de 28 859 habitans ! Le Sud-Ouest africain allemand, vaste pays plus étendu que l’Empire d’Allemagne lui-même, porte à lui seul plus de la moitié de cette population blanche, soit à peine 15 000 Allemands, qui n’arrivent pas à combler les vides énormes faits, dans la population indigène déjà clairsemée, par l’impitoyable répression pratiquée lors de ses dernières révoltes. Or, les provinces de Rhodésie et du Bechuanaland, tout à fait comparables comme sol et climat, mais appartenant à l’Union Sud-Africaine britannique, ont déjà, bien que colonisées plus tard, plus de 30 000 habitans blancs, tandis que la colonie du Gap, le Natal, le Transwaal et l’Orange, également voisins, sont des sociétés déjà anciennes qui comptent environ 1 300 000 habitans d’origine européenne. Au Nord de la Rhodésie, sur les hauts plateaux de l’Afrique orientale allemande, qui nourrissent une population indigène évaluée à plus de 7 millions et demi de sujets, l’on ne compte guère que 5 336 colons, tant les communications sont encore insuffisantes et les conditions de vie trop précaires pour des familles allemandes. Et pourtant, dans ce même espace de trente années écoulées depuis la reconnaissance officielle de ces possessions à l’Allemagne, les Français, malgré leur faible natalité, objet des risées pangermanistes, essaimaient vers leurs colonies des noyaux de population énergique et active. La Tunisie compte ainsi près de 50 000 Français, l’Indo-Chine, malgré son climat tropical, 22 000, et ces colonies sont pourtant contemporaines des allemandes. Madagascar, celle de nos possessions qui est la plus comparable aux colonies allemandes de l’Afrique, comptait dès 1910 plus de 13 000 Français,