Page:Revue des Deux Mondes - 1916 - tome 31.djvu/233

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alors que l’emprunt a été couvert un nombre de fois plus ou moins considérable. Mais il y a là une part de fiction : certains souscripteurs seraient embarrassés si on leur demandait le versement complet de leur souscription. Aujourd’hui, rien de pareil. Chaque souscription était sincère et réelle. Personne ne s’engageait au-delà de ses disponibilités immédiates. La spéculation n’avait aucun jeu. On a vu alors trois millions de souscripteurs se presser autour des guichets qui leur étaient ouverts. Spectacle réconfortant : ce n’étaient pas seulement les grandes maisons de crédit qui souscrivaient pour des sommes considérables : sur toute la surface du territoire, petits propriétaires ou rentiers, ouvriers, paysans ont apporté leurs économies. Quelques-uns ne versaient que des sommes très faibles, dont la rente était presque insignifiante, mais ils avaient le sentiment de se conduire en bons citoyens et le denier de la veuve avait là tout son prix. On sentait que ces foules avaient un idéal, le plus noble de tous, puisqu’il se compose des idées de patrie, de justice, de droit, de civilisation. C’est ce qui a donné à cet emprunt son caractère particulier. Quant au chiffre total, il s’est élevé à 14 milliards et demi. Tout a marché, tout a grandi, nous sommes loin des chiffres qui semblaient énormes en 1871, et on peut mesurer par-là les progrès de la richesse publique. Comment se décomposent les sommes souscrites ? « Nous ne connaissons pas encore exactement, a dit M. le ministre des Finances au Sénat, la somme recueillie en numéraire, mais elle dépassera 5 milliards et atteindra probablement 5 milliards et demi. Les bons ont donné au moins 2 milliards, probablement 2 milliards et demi, et ces bons équivalent à de l’argent. C’est là un résultat considérable, que j’enregistre avec satisfaction. » Cette satisfaction, si légitimement éprouvée par M. Ribot, a été partagée par le Sénat qui l’écoutait, l’applaudissait et finalement a ordonné l’affichage de son discours. La confiance générale qu’il inspire est pour M. Ribot la juste récompense de l’immense travail auquel il se livre depuis seize mois, ou plutôt sa récompense est dans le sentiment du devoir patriotique qu’il a si pleinement accompli.

Et ce n’est pas seulement en France que l’emprunt a réussi : au dehors, les pays alliés ou neutres ont tenu à en prendre leur part. L’Angleterre a, elle aussi, de grandes charges : cependant 602 millions y ont été souscrits par 22 000 personnes. « Dans tous les pays, a dit M. Ribot, en Suisse où nous avons recueilli plus de 100 millions, en Italie, en Espagne, en Hollande, dans les pays Scandinaves, dans l’Amérique du Nord, dans l’Amérique du Sud, en Australie, partout