Page:Revue des Deux Mondes - 1916 - tome 31.djvu/234

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on nous a donné à cette occasion de grandes marques de confiance. » Il faut ajouter de sympathie. Ceux qui, dans ces pays si divers, ont souscrit à notre emprunt n’ont pas montré seulement qu’ils croyaient à notre victoire : ils ont voulu y contribuer. Et c’est pourquoi le succès de notre emprunt n’a pas seulement, tant s’en faut, un caractère financier, il a encore une signification de solidarité morale et politique. Comment cette confiance générale n’augmente-rait-elle pas la nôtre ? Quelque bon témoignage que notre conscience nous rende de nous-mêmes, nous sommes heureux de le voir confirmer dans les pays civilisés et restés indépendans.

Il faut d’ailleurs reconnaître que, si nos ressources sont grandes, si quelques-unes sont encore intactes et si nous jouissons dans le monde d’un crédit qui vient de se manifester avec éclat, nous avons besoin de tout cela pour faire face à des besoins qui vont sans cesse en croissant. M. le ministre des Finances n’a jamais manqué de prêcher l’économie : il l’a conseillée aux Chambres, il l’a recommandée à ses collègues, il a été médiocrement écouté. Tout le monde peut citer des exemples de gaspillage. On a promis d’y remédier, on n’en a rien fait, et nous nous demandons d’ailleurs si, dans l’état de nos mœurs administratives et politiques, on aurait pu le faire. Mais il aurait été bon de le tenter. Quoi qu’il en soit, nos dépenses actuelles s’élèvent à 2 milliards 500 millions par mois et même à 2 milliards 800 millions si on ajoute, comme il faut bien le faire, les avances que nous consentons à des Puissances amies. Ce sont là des chiffres formidables ! Laissons pour le moment la pensée de ce qui arrivera après la guerre et des charges nouvelles auxquelles il faudra pourvoir par des mesures permanentes : à chaque jour suffit sa peine et celle du jour présent est assez lourde pour absorber nos préoccupations. Comme l’a dit M. Ribot, il ne faut pas songer actuellement à l’impôt pour couvrir nos dépenses : il ne pourrait le faire que dans des proportions infimes. Nous sommes condamnés à l’emprunt. Cependant la Chambre veille et naturellement elle s’agite : toutes sortes de propositions s’y font jour, quelques-unes bonnes, le plus grand nombre inconsidérées. Il était inévitable qu’on parlât d’augmenter dès maintenant les impôts. Il faudra évidemment le faire plus tard, quand on sera revenu à des conditions plus normales et qu’on pourra en discuter avec une plus grande liberté d’esprit. L’atmosphère actuelle n’est pas bonne pour légiférer sur de pareils sujets.

On a, il est vrai, l’exemple de l’Angleterre ; il a été naturellement