Page:Revue des Deux Mondes - 1916 - tome 31.djvu/238

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Voilà qui est clair et d’autant plus significatif que M. Schiedemann a tout l’air d’être un de ces socialistes qui évoluent vers le pouvoir. Il y a eu autrefois, chez nous, des radicaux qu’on a appelés radicaux de gouvernement : M. Scliedemann est un socialiste de gouvernement. Il a été le principal interpellateur, et tout fait croire que M. de Bethmann-Hollweg savait fort bien d’avance ce qu’il allait dire. Passons à M. Landsberg. « La politique allemande, a dit celui-ci, devra veiller à anéantir définitivement en France certaines espérances d’une reprise de l’Alsace-Lorraine. Celui qui prendra un couteau pour tailler dans la chair vive de l’Allemagne, trouvera toujours tout le peuple allemand uni contre lui. » Cette métaphore ne nous déplaît pas : on a pris autrefois un couteau pour tailler dans la chair vive de la France et depuis lors toute la France est unie contre le bourreau. Les positions respectives sont donc nettes : elles ne peuvent être changées que par notre victoire, et c’est pourquoi nous poursuivons la lutte. Mais une autre question se présente : on ne rendra rien, soit, mais ne prendra-t-on pas quelque chose ? Si la première question a trouvé le parti socialiste uni, il n’en est pas de même de la seconde. « Pour ma part, a dit M. Haase, — et je crois, a-t-il ajouté, que j’ai avec moi la majorité du peuple, — je repousse de toutes mes forces un programme d’annexions : nous voulons une paix qui exclue toute conquête. » Les journaux disent qu’une partie des socialistes ont applaudi vivement M. Haase : les autres sont restés immobiles et muets jusqu’au moment où M. Landsberg, ayant repris la parole, a déclaré qu’il fallait, par des moyens efficaces, « s’assurer contre le retour d’attaques inconsidérées. On pourra, a-t-il ajouté, discuter sur le détail de cette question, quand les négociations auront commencé. » Tout le monde a compris ce que cela signifiait : qui n’a vu des cartes de géographie où l’Allemagne, pour garantir ses frontières contre des attaques inconsidérées, les porte à l’Ouest jusqu’à Anvers et à Calais, et à l’Est, jusqu’au milieu de la Russie ? Alors les socialistes qui n’avaient pas applaudi M. Haase ont applaudi M. Landsberg. M. Schiedemann s’est tu, et tout le monde a remarqué son silence que chacun a interprété dans le sens de ses désirs. On le voit, les socialistes, parfaitement d’accord sur la question de l’Alsace-Lorraine, ne le sont plus sur celle des annexions. Il est toutefois probable que ceux qui en veulent ne vont pas aussi loin que M. Spahn, l’orateur du centre catholique, qui s’est exprimé ainsi : « Nous attendons avec confiance l’heure qui rendra possible l’ouverture des négociations de paix. Dans ces négociations, on devra protéger les intérêts militaires,