Page:Revue des Deux Mondes - 1916 - tome 31.djvu/240

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désordre s’est étendu à d’autres quartiers de la ville où l’on sent toujours une fermentation dangereuse. Des manifestations du même genre ont eu lieu sur plusieurs points du pays.

Sans doute, ce n’est pas de là que viendra la solution : que peuvent des manifestans sans armes contre une police fortement organisée et armée ? Il n’y en a pas moins dans ces commencemens de troubles populaires des symptômes dignes d’être recueillis. L’éloquence officielle ne réussit pas à convaincre le peuple qu’il ne souffre pas quand il a faim : il sait mieux que personne à quoi s’en tenir à ce sujet.

En Orient, les événemens suivent une marche logique. A peine est-il besoin de parler des élections grecques : elles ont été ce qu’elles pouvaient, ce qu’elles devaient être dans les conditions où elles ont eu lieu, c’est-à-dire qu’elles ont supprimé la dernière Chambre sans en créer vraiment une nouvelle. Une Chambre n’a, en effet, de valeur morale que si elle peut être considérée comme la représentation du pays, et ce n’est certes pas le caractère de celle qui vient d’être élue. Un tiers tout au plus du pays s’est prêté à une comédie électorale que personne n’a pu prendre au sérieux, ni en Grèce, ni ailleurs. On sait que M. Venizelos avait demandé à ses amis de s’abstenir, c’est-à-dire de ne pas poser de candidature et de ne pas voter. Le mot d’ordre a été suivi : la grève électorale a été complète. On a pu se demander si M. Venizelos avait adopté la meilleure attitude possible ; il est toujours dangereux de s’abstenir et, en politique comme ailleurs, le plus souvent les absens ont tort. Rien de plus illégal, de plus inconstitutionnel que tout ce qui se passe en Grèce, mais la question est de savoir s’il ne faut pas y entrer pour le mieux combattre. Nous ne la résolvons pas. M. Venizelos a donné trop de preuves, non seulement de fermeté, mais d’habileté, pour que nous nous permettions de critiquer sa manœuvre à la distance où nous en sommes et avec des élémens d’information insuffisans. La suite montrera ce qu’il en est. Au surplus, la dictature du Roi était entière la veille des élections ; elle ne pouvait guère devenir plus forte le lendemain ; mais, quoique le Roi se gênât fort peu avec la dernière Chambre, il aura à se gêner encore moins avec la nouvelle. En réalité, il est le maître et, puisque l’opinion hellénique ne s’est pas soulevée contre cette violation audacieuse de toutes les lois constitutionnelles, il n’y a plus pour nous qu’à attendre les événemens. M. Venizelos reste à nos yeux le plus grand citoyen de la