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CHRONIQUE DE LA QUINZAINE.




Si cette place ne reste pas vide aujourd’hui, comme il eût convenu peut-être à tant d’égards, et d’abord pour marquer notre juste douleur, c’est sur le désir exprimé par M. Francis Charmes lui-même, alors que rien ne pouvait laisser prévoir l’issue funeste d’un mal qui paraissait encore tout passager. Ainsi qu’il l’avait accoutumé, depuis 1898, chaque fois (et les occasions en ont été rares) qu’il se voyait obligé de s’accorder un peu de relâche, notre directeur, notre ami, m’avait demandé de tenir pour lui une fois de plus, une ou deux fois seulement, la plume que nul n’aurait cru qu’il dût si tôt déposer à jamais. Il eût voulu s’entretenir avec moi des événemens de la quinzaine ; quelque diligence que j’aie faite pour accourir à son appel, je suis arrivé trop tard ; déjà la mort était présente. Il ne m’a donc pas parlé, mais je l’ai relu. Et je suis sûr, si je les traduis moins bien, de ne pas trahir ses idées, de ne point m’écarter de la ligne qu’il a magistralement tracée, qu’il a suivie fidèlement.

Pendant près de vingt-deux ans, du 1er avril 1894 au 1er janvier 1916, il n’a pas écrit ici un mot qui ne fût pour servir au dedans la liberté, et la grandeur de la France au dehors. C’est l’esprit même de la Revue. Francis Charmes l’avait revêtu de sa forme tout ensemble facile et ferme, d’une si grande élégance en sa grande simplicité. Personne, pendant si longtemps, n’a su dire sur la politique des choses plus raisonnables ni qui eussent mieux mérité d’être écoutées. Il s’était instruit chez les sages, et il était encore tout jeune que l’expérience des vieillards habitait en lui. Tout ce qu’on peut apprendre dans la société des livres et des hommes, il l’avait appris de bonne heure ; de bonne heure aussi il avait été mis à même de contrôler le titre des doctrines par la pratique des affaires. Il y avait acquis la pondération, l’équilibre, la certitude, les élémens, les conditions d’un jugement pour ainsi dire infaillible, qu’enregistre un rédacteur impeccable.