Page:Revue des Deux Mondes - 1916 - tome 31.djvu/484

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nous, beaucoup plus que d’eux-mêmes, que les Empires du Centre espèrent encore leur salut, sinon leur victoire.

En décrétant, suivant une formule adoucie, que « tous les célibataires ou les veufs sans enfans, entre dix-huit et quarante et un ans, ne possédant aucun motif d’exemption, seraient considérés comme s’étant engagés pour la durée de la guerre, » l’Angleterre est en train de faire, légalement, une révolution. Ce n’est pas que la propagande de lord Derby ait donné des résultats médiocres, ou que « l’effort militaire anglais » n’ait pas surpassé les promesses. Dans une étude particulière, la Revue dit tout ce qu’il a été. Mais la Grande-Bretagne a décidé qu’il serait égal à sa fortune et à ses destinées. Elle le mesure moins sur son passé et son présent que sur son avenir.

Le projet a été adopté en première lecture, par la Chambre des Communes, à plus de 300 voix de majorité. Ce débat préliminaire n’a guère entre-choqué que des principes. Mais le temps où nous vivons plie les axiomes les plus inflexibles. Le prince de Ligne raconte qu’étant allé voir Voltaire, il le trouva très échauffé sur les beautés de la Constitution anglaise, et très animé à les expliquer : « Ajoutez-y aussi l’Océan, remarqua le prince, sans quoi l’Angleterre ne serait pas du tout ce qu’elle est. » Les Zeppelin et les sous-marins, les canons monstrueux qui tirent à trente-cinq kilomètres, n’ont certes pas supprimé l’Océan, ni même la Manche ; mais ils ont rogné « le ruban d’argent ; » ils ont fait du « canal » un fossé, à peine une tranchée. Cela aussi est une révolution, et celle-là est, à elle seule, la raison nécessaire et suffisante de l’autre.


CHARLES BENOIST.

Le Secrétaire Général, gérant,

JOSEPH BERTRAND.