Page:Revue des Deux Mondes - 1916 - tome 31.djvu/483

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il déclarait que « la bonté et la cordialité de l’Italie lui étaient extrêmement chères ; » il ajoutait en termes très précis : « L’Italie est venue si affectueusement au-devant de nous pour nous secourir dans le moment de la plus grande tristesse, du plus grand besoin, qu’en descendant me promener par ses rues, il me semblait remercier personnellement. »

La mauvaise foi ne serait plus la mauvaise foi, si elle acceptait d’être convaincue. Elle persiste et elle insiste. L’Italie aurait froidement, cruellement exécuté un plan machiavélique, plus machiavélique que le machiavélisme même. Quand donc ? Justement à cette heure où, soulevée du plus noble élan, elle apparaît heureuse et fière d’avoir retrouvé sa voie, du côté du droit, de la civilisation, de l’héritage spirituel de Rome ; où elle a de nouveau frémi aux plus grands souffles qui viennent du fond de son histoire. Un jour, sans doute, il faudra dire ce que l’Italie entend par la guerra nostra et le sacro egoismo. Rien, assurément, qui ne soit digne d’elle ; et là-dessus, ce serait presque l’accuser que de la défendre.

Mais soit ; pour un instant, nous concédons aux Austro-Allemands ce point de départ : dans le bruit d’armes qui emplit l’Europe, l’Italie n’a voulu écouter que l’appel de son « égoïsme sacré. » Tant qu’au-delà des confins tracés par Dante ou jalonnés par Venise, « à Pola, près du Quarnaro qui ferme l’Italie et baigne ses frontières, » ou bien un peu au-dessous, derrière la frange italienne, assez mince par endroits, dont ces rivages sont bordés, elle a pu entrevoir une Serbie agrandie qui donnerait un corps aux tronçons slaves et deviendrait peut-être, en face d’elle, une puissance adriatique qui au péril autrichien substituerait le péril serbe, alors son « égoïsme » lui commandait de s’opposer à l’agrandissement de la Serbie, de l’écarter à tout prix de la mer, de l’en rejeter le plus loin possible. Maintenant, elle le sait, il n’y a plus pour elle de danger serbe, ni de menace serbe ; mais il y a, en revanche, un autre danger. C’est que la grande Bulgarie, fidèle à son rêve de s’ouvrir sur trois faces, sur la Mer-Noire, sur la mer Egée et sur la mer Adriatique, perce vers Cattaro ou vers Dulcigno ou plus bas, ramenant avec elle l’Autriche et, avec l’Autriche, amenant l’Allemagne. Et par conséquent, maintenant, l’« égoïsme sacré » de l’Italie lui commanderait de repousser la Bulgarie et ses patrons, quand même son sentiment ne le lui commanderait pas. De tout ceci, ne retenons qu’un avertissement : aucune ruse fine ou grossière, généralement plutôt grossière, ne sera épargnée pour brouiller, pour dissoudre la Quadruple-Entente ; c’est de