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La guerre nouvelle


I

La guerre qui s’achève va créer un monde nouveau ; mais il est un domaine qu’elle touche avant tous les autres, celui de la technique militaire. Elle renouvelle, avec les conditions de la paix, l’art de la guerre lui-même. Il est trop tôt sans doute pour que les techniciens développent ses leçons : la parole n’est encore qu’aux rêveurs. Permettra-t-on à l’un d’eux d’évoquer parfois l’ombre du grand Jules Verne et de suivre jusqu’au bout, à l’aventure, quelques-unes des percées brusquement ouvertes devant nos yeux ?…

« Pourquoi, dira-t-on, s’occuper des guerres futures ? N’est-ce pas ici la dernière ! Désormais, l’arbitrage ne remplacera-t-il pas les conflits armés ! Si tant de pères de famille sont partis de bon cœur pour le champ de carnage, c’est avec l’idée bien arrêtée de clore l’ère sanglante et d’épargner à leur fils et aux fils de leurs fils, à tout jamais, les horreurs que nous avons dû souffrir. Il en sera des nations comme il en fut des particuliers, ajoute-t-on : dans les sociétés primitives, les intérêts individuels se débattaient par les armes ; puis sont venus les tribunaux. Nous avons déjà le tribunal des Nations ; il est à La Haye. Nous ne permettrons plus qu’on se fasse justice soi-même. L’œuvre de demain sera la formation des Etats-Unis d’Europe et la promulgation d’une loi des peuples… »

Nombreux sont ceux qui pensaient ainsi aux premiers jours de la guerre ; cette idée généreuse les a soutenus et grandis, et c’est bien ; mais ils sont probablement moins nombreux, maintenant qu’on a trop mesuré la méchanceté humaine. Si, après des