Page:Revue des Deux Mondes - 1916 - tome 31.djvu/90

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


On s’est battu dans toutes les parties du Monde. La lutte navale s’est étendue à la plupart des Océans. Des opérations accessoires ont eu lieu à terre en Asie, en Afrique et en Océanie.

Il n’est pas interdit de penser que les peuples jeunes, qui se développent par tout le globe, qu’ils soient indépendans ou liés par le lien colonial à des nations aînées, se trouveront d’autant plus nécessairement poussés dans les conflits futurs que leurs formes d’activité plus diverses et leurs intérêts plus étendus au dehors leur permettront de moins en moins de se tenir à l’écart des questions communes à l’humanité civilisée.

Il n’y a plus de place pour les indifférens. C’est ce qui résulte avec évidence des faits. Voyez la situation de la Hollande. Il lui serait difficile de regarder avec détachement un combat où son existence, en dépit de sa neutralité, est doublement engagée. Le triomphe des empires de proie signifierait la fin prochaine de son indépendance, et on ne le lui laisse pas ignorer. On parle déjà des beautés d’une union douanière, qui serait le commencement de l’absorption. Comment le conquérant prussien, maître de la Belgique et se donnant pour but la défaite de la marine anglaise, respecterait-il cette enclave dans ses côtes ? Le plus curieux est que, dès maintenant, par le seul fait des hostilités, les sources de vie du pays ont été si profondément troublées que les populations ne subsistent que par le bon vouloir des belligérans. Ce bon vouloir n’est pas toujours sans restrictions. L’Angleterre a dû prendre des mesures spéciales pour laisser passer sur mer les vivres indispensables à la nourriture du peuple hollandais et les matières premières que réclame son industrie. Les sous-marins allemands, moins soucieux des intérêts neutres, coulent des bateaux hollandais. L’existence de certains neutres n’est donc plus qu’une existence précaire. Ils n’évitent qu’à demi les maux de la guerre. C’est une raison qui les déterminera plus aisément à en courir tous les risques pour en avoir du moins les profits.

La position des Pays-Bas est exceptionnelle. On pourrait en dire autant de la Suisse, qui subit des inconvéniens analogues. Mais le Danemark, la Suède et la Norvège ne sont pas sans en éprouver de leur côté. L’exemple le plus frappant est donné par les États-Unis. Ce n’est pas seulement la liberté de leur commerce qui a été mise en jeu par la piraterie allemande, c’est aussi la vie de leurs nationaux. Comme ils sont une