Page:Revue des Deux Mondes - 1916 - tome 31.djvu/91

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grande Puissance assez forte pour traiter d’égale à égale avec l’Allemagne, assez fière pour défendre ses prérogatives, les questions se sont posées pleinement. La difficulté de rester neutre est apparue aussitôt.

Elle ne résulte pas, comme on pourrait le croire, d’un pur accident, mais de la nature des choses. Il est fatal que le commerce maritime prenne sans cesse plus d’importance et que le blocus maritime devienne un des principaux moyens d’abattre l’adversaire. Et il n’est pas moins fatal que les bateaux sous-marins servent à atteindre un commerce dont la continuation est si nécessaire. Ils offrent pour cotte tâche des facilités sans égales, dont les marines mal pourvues de cuirassés ne voudront pas se priver. Aucune convention internationale ne parviendra à arrêter sur ce point un peuple bien décidé à tout faire pour triompher ; on ne lui arrachera jamais des mains, sinon par la force, une arme qui peut être mortelle pour ses ennemis, et dont il n’a rien à craindre lui-même. Compter sur l’effet des protocoles est se payer d’illusions. Le jour où l’on fait appel aux armes, c’est qu’on s’en remet à la force comme unique loi. Les principes moraux n’admettent point de partage : celui d’entre eux qui l’emporte se subordonne tous les autres et ne se laissera pas mettre en échec sur son terrain essentiel. La guerre nouvelle est trop réfléchie pour qu’il faille s’attendre à des demi-mesures.

Si le blocus par sous-marins doit être considéré comme inévitable, nous devons aussi envisager ses conséquences. Il comporte l’impossibilité de conduire les prises en lieu sûr et peut-être celle de les visiter. Il faut s’attendre à des accidens de tous les jours vis-à-vis des neutres. Le sous-marin rend possible un blocus à la fois très étendu et parfaitement incontrôlable. Il conduit par-là presque fatalement à la prétention de fermer au commerce des mers entières. Ainsi, l’on ruine les pays qui se laissent intimider ; et, pour les autres, si le courant maritime ne s’interrompt pas, on multiplie les forceurs de blocus qui s’exposent à être coulés. Déjà les navires belligérans eux-mêmes portent presque toujours des marchandises ou des passagers neutres, qui sont menacés. La qualification de contrebande de guerre s’étend sans cesse à de nouveaux objets. L’Angleterre a dû y englober tout le commerce allemand, porté par navire neutre, même à destination neutre apparente, par