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exemple les marchandises acheminées vers le Danemark ou la Suisse. L’enchevêtrement des intérêts privés par-dessus les frontières est tel qu’on ne peut empêcher un mélange perpétuel des nationalités les plus diverses sur tout ce qui sert d’instrument aux transports outre-mer. Encore la mer est-elle aisée à garder parce que la circulation commerciale s’y fait en surface ; le bateau sous-marin, lui non plus, ne s’écarte pas sensiblement de la surface. Les mêmes problèmes se poseront bientôt sous une autre forme, et avec de nouvelles complications, par l’achèvement de la conquête de l’air. Quand l’aéroplane mènera passagers et marchandises, nous aurons le blocus aérien. Comment y départager les droits des neutres et des belligérans dans la rapidité d’une action qui n’admet point de stationnement ?… Dans les conditions que lui font la technique des armes nouvelles et la vie moderne, une guerre n’est donc plus un accident local, un mal restreint ; elle devient une crise générale de l’humanité.


II

De là, l’importance prise par les forces morales. De tout temps, elles ont beaucoup compté, mais leur rôle avait autrefois de plus étroites limites. Les facultés morales mises en jeu étaient moins nombreuses et plus proches des réactions instinctives, presque animales. L’évidence des intérêts les plus immédiats, la chaîne d’une stricte obligation poussaient citoyens et soldats contre des obstacles non déguisés. A des situations autrement complexes, il faut maintenant de plus subtils instincts, des principes plus abstraits et tout un travail interne de la conscience publique. La victoire se gagne d’abord sur un théâtre immatériel, dans l’opinion. C’est la cause des efforts faits par les belligérans pour convaincre l’univers de leur bon droit. Rappelons-nous la propagande acharnée des Allemands jusque chez nous. Ils ont dépensé des trésors d’ingénieuse activité pour prouver qu’ils étaient les victimes d’un guet-apens, et que c’était la Belgique qu’il fallait tenir pour responsable de ses propres malheurs. Pendant longtemps, notre négligence à répondre à leurs factums nous a nui dans l’esprit des neutres. Ces derniers peuvent trop aisément favoriser l’un des combattans, rien que par leur aide financière ou par le commerce et