Page:Revue des Deux Mondes - 1916 - tome 34.djvu/40

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


à coup, d’un ton très sérieux, avec un accent de conviction profonde :

— Ne vous y trompez pas : je suis un homme de foi !

Or, tous ces hommes de foi, plus ou moins fervens, ou plus ou moins tièdes, ces catholiques pratiquans ou simplement attaches à la religion de leurs pères, toute celle grande masse italienne est, de cœur, avec nous contre le Tédesque. Non seulement leurs fils se battent, à l’heure qu’il est, sur le front du Trentin, contre l’ennemi héréditaire, mais ils répudient toute compromission avec les principes de la culture allemande.

Il ne s’agit donc pas, ici, du catholicisme italien proprement dit, mais d’un parti politique, à la vérité considérable, des catholiques organisés et militans. Encore, dans le clergé lui-même, convient-il de signaler un grand nombre de dissidences. Beaucoup de prêtres, qui sont des journalistes et des publicistes très distingués, comme l’abbé Vercesi, ou comme l’auteur de La Germania alla conquista dell’ Italia, l’abbé Giovanni Preziosi, comptent parmi nos amis les plus chauds et les adversaires les plus déterminés du germanisme sous toutes ses formes. Jusque dans les antichambres des archevêques et des cardinaux, j’ai été accueilli joyeusement par de jeunes vicaires, qui m’ont témoigné une francophilie aussi cordiale que démonstrative. Mais le fait est que tous ne leur ressemblent pas. Et toutefois, même en le reconnaissant, gardons-nous de rien exagérer. Ces catholiques italiens ont beau juger sévèrement la politique antireligieuse de notre gouvernement, ils conservent une très vive sympathie intellectuelle pour la France prise en bloc, la France historique, comme ils disent : ils savent trop les services qu’elle a rendus à l’Eglise. Et, de même que les catholiques espagnols, ils confessent, non sans admiration, que leur pays n’aurait pas supporté comme le nôtre les conséquences désastreuses de la loi de Séparation. Néanmoins, il est hors de doute aussi que nous ne sentons point, chez eux, l’élan spontané de leurs autres compatriotes, et que, d’eux à nous, en dehors des articles de croyance, la communion des idées et des sentimens n’est pas aussi complète qu’ailleurs.

Ce sont des gens calmes, prudens, méthodiques, qui se piquent avant tout d’esprit positif, et que, malgré leurs protestations amicales, je persiste à trouver un peu froids. L’art de tourner sa langue sept fois dans sa bouche a été porté par eux