Page:Revue des Deux Mondes - 1917 - tome 37.djvu/156

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de la multiplicité des états pour satisfaire à cet esprit de lucre, qui fait le fond de la légende accréditée par ses détracteurs. Toutes ses grandes œuvres, la Pièce aux Cent Florins, Jan Six, les Trois arbres, la Présentation au Temple, la Mort de la Vierge, le Docteur Fautrieus, n’ont précisément pas d’états, alors qu’il est manifeste que ces œuvres de longue haleine, ont subi, en cours d’exécution, de nombreuses et très importantes modifications, dont il aurait pu, à bon droit, tirer parti, avant de procéder aux effaçages considérables que son souci de la perfection technique lui imposait, et dont la trace est évidente sur ces chefs-d’œuvre.

Il faut observer, ici, qu’un certain nombre de ses cuivres ont subi des retouches nombreuses, à des intervalles assez éloignés, au courant du XVIIIe siècle et même au début du siècle dernier, et que la légende de la multiplicité des états s’est aggravée avec le trafic des épreuves, tirées après ces retouches.

Il est assez curieux de noter qu’il n’existe aucun portrait du Maître à Amsterdam, où il vécut trente-six années, et qu’à Leyde, sa ville natale, il n’y a même aucune œuvre de son pinceau. C’est que la rancune des notabilités de Hollande s’exerça longtemps et systématiquement contre sa mémoire, comme elle s’était exercée de son vivant contre l’homme, qui n’avait pas plié devant certains tartuffes, qu’il avait stigmatisés trop vertement. Mais ceux qui, comme Jan Six, se défirent à la fin du XVIIe siècle des quelques œuvres de sa main qui ne représentaient aucun souvenir de famille, réalisèrent des bénéfices scandaleux sur les prix payés à Rembrandt, tout en nourrissant la légende de la dépréciation de ses œuvres, et en créant de toutes pièces, celle du mécénat dont ils l’auraient comblé. Il est d’usage de répéter qu’on trouvait à acheter des Rembrandt pour quelques stuivers à cette époque ; à la vérité, lors de la vente de Jan Six, sa grisaille de la Prédiction de saint Jean-Baptiste et le Portrait de Saskia firent 710 et 500 florins, aux enchères publiques, tandis qu’ils avaient été payés 350 florins, dans une tractation assez louche en 1656.

Une autre légende aussi tenace, à l’usage des collectionneurs, fait dire à tous les marchands que Rembrandt modifiait par des artifices d’impression et presque à chaque épreuve, l’aspect et jusqu’au sujet de ses eaux-fortes. Il est vrai qu’il existe quelques