Page:Revue des Deux Mondes - 1917 - tome 38.djvu/704

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


les Allemands se sont toujours montrés inférieurs ; chez nous au contraire des artistes comme les frères Henry, mes regrettés collègues de l’Observatoire de Paris, se sont révélés sans égaux, et c’est ainsi que les meilleures et les plus puissantes pièces d’optique employées par tous les observatoires du monde entier sont sorties de chez nous.

Dans cette industrie comme dans toutes celles qui relèvent de l’adresse individuelle et où les machines ne sauraient suppléer aux « retouches » et aux redressemens d’une main intelligente, nous ne risquons point d’être battus. C’est le cas de l’optique astronomique, c’est le cas aussi… à l’autre pôle du monde des étoiles, de la mode et de la couture. Mais il faut convenir que ce ne sont là, — pût-on même… et on le peut, trouver quelques autres exemples analogues, — que des cas exceptionnels dans la bataille économique.

Dans l’optique même, l’exemple précédent ne tient qu’une toute petite place. Dans l’optique photographique courante, dans la fabrication des jumelles, dans la verrerie de laboratoire, indispensable à la chimie et à tout ce qui s’y rattache, le travail mécanique et systématique doit triompher et triomphe de l’empirisme individuel dans la production, et avant celle-ci l’expérimentation domine l’expérience.

L’exemple des objectifs photographiques est à cet égard particulièrement démonstratif : il va nous montrer comment la science intelligemment associée à l’industrie a permis à un petit ouvrier teuton qui s’appelait Cari Zeiss de devenir, suivant l’amusante expression de M. Houllevigue, le Krupp de l’optique et d’inonder le monde d’appareils allemands réalisant les idées françaises de Porro (jumelle à prisme) et de Niepce et Daguerre (photographie).

On sait que l’image d’un objet donné par une lentille de verre n’est jamais parfaite par suite de diverses causes qui perturbent la concentration des rayons réfractés par la lentille ; parmi ces causes perturbatrices les plus importantes sont l’aberration chromatique, l’aberration de sphéricité et l’astigmatisme. L’aberration chromatique provient de ce que les rayons des diverses couleurs qui composent la lumière blanche sont inégalement réfractés par le verre ; il s’ensuit que les images que donneraient séparément ces divers rayons ne se superposent pas et que l’image résultante est floue, imprécise et irisée. Autre cause de flou : les rayons provenant d’un point donné de l’objet ne convergent pas rigoureusement au même point selon qu’ils ont traversé la partie centrale ou les bords de la lentille ; c’est ce qu’on appelle l’aberration de sphéricité. Enfin les