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Fragonard en Italie d’après le journal de Bergeret de Grancourt


Tandis que l’Italie, tendue vers l’action et vers la victoire, dédaigne la visite des touristes et ne reçoit plus de ses amis que des missions militaires, il est curieux de relire les récits de voyages du passé. Quel contraste entre ces villes affairées et vivantes, vibrantes de toutes les passions de l’heure, et ces petites capitales du XVIIIe siècle, cette Rome de Benoit XIV et de Clément XIII, où les compagnies distinguées qui s’y rendaient à courtes journées ne rencontraient que le plaisir des yeux et de l’esprit et l’agrément paisible d’une société choisie ! Les Parisiens sujets de Louis XV, dont nous allons évoquer le souvenir, diffèrent déjà beaucoup, par leurs goûts et leurs habitudes, des voyageurs que nous avons connus ; ils n’auront peut-être plus rien de commun avec ceux qui reviendront en Italie après la tempête.

Nous possédons, sous une forme inattendue, le journal de voyage au pays des arts d’un grand peintre français, ce Fragonard qui fut la fantaisie de son temps et en exprima toutes les grâces. On aimerait connaître directement les impressions et les observations d’un tel artiste, venant, en pleine maturité, revoir les cités qu’il aimait et où il avait passé dans le travail le plus fécond les plus belles années de sa vie. Mais l’ancien pensionnaire du Roi à Rome, devenu à Paris peintre recherché, accompagnait un financier opulent qui l’avait choisi pour guide, et c’est malheureusement le financier qui a tenu la