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La belle France

Portraits de chez nous


« Nous avons tous le souvenir de certains panoramas montagneux particulièrement exaltans par la multitude de leurs cimes, comme de certaines nuits plus éblouissantes que les autres par le fourmillement de leurs étoiles. C’est un peu une vision de cette sorte que nous donnent, depuis trois ans, les citations à l’Ordre de l’Armée. C’est comme un firmament de gloire et un panorama d’héroïsme, et rien n’y est plus caractéristique que l’infinie diversité des grades, des rangs, des âges et des qualités sociales. Le grand chef et le petit soldat, l’homme du peuple et l’homme du monde, le prêtre et l’instituteur, la religieuse et l’infirmière, le savant et l’illettré, le noble et le paysan, l’artiste et l’ouvrier, le vieux qui est déjà presque un vieillard et le jeune homme qui est encore presque un enfant, s’y mêlent dans une immense communion. Rien aussi n’émeut et ne force l’admiration comme les miracles d’audace, de grandeur ou de sacrifice, de tous les exploits cités, ou comme leur sublime monotonie. C’est le trompette blessé qui sonne sous la mitraille jusqu’à ce qu’elle lui arrache le bras, le général qui tombe en allant encourager la troupe dans la fournaise ou qui continue à dicter ses ordres en apprenant la mort de son fils, le sergent qui abat à lui seul toute une petite troupe de uhlans, le colonel qui va chercher de ses mains les mitrailleuses abandonnées par ses hommes, le soldat qui reste en observation dans